Colloque « Discours politique et cinéma de fiction / Political Speeches in Film »
Université de Lorraine, 17-18 mars 2025
Abstract
On March 17 and 18, 2025, the Université de Lorraine hosted the international conference “Political Speeches in Film”, organized by Manon Küffer and Julie Michot. This report offers an overview of the main ideas and reflections that were discussed by the participants over the course of the two days.
Résumé
L’université de Lorraine a accueilli, les 17 et 18 mars 2025, le colloque international « Discours politique et cinéma de fiction », organisé par Manon Küffer et Julie Michot. Ce compte-rendu offre une vue d’ensemble des principales idées et réflexions qui furent abordées par les participants lors de ces deux journées.
Texte intégral
Le colloque international « Discours politique et cinéma de fiction » s’est tenu les 17 et 18 mars 2025 à l’Université de Lorraine. Il a été organisé par Manon Küffer et Julie Michot et porté par l’Unité de Recherche IDEA (Interdisciplinarité dans les Études Anglophones). Ce fut l’occasion pour les participants d’analyser la relation à double sens de la politique avec le cinéma, à l’aune de la représentation du discours à l’écran. En effet, le discours dans les films apparaît comme un objet d’étude complexe et pluriel, qui ne se limite pas à son contenu verbal. Dans un film, le discours transforme la narration, et engage des notions de représentation et de réception qui interrogent aussi bien les spectateurs que la recherche académique. Aussi, les communications ont entrepris de mettre en lumière la force narrative, esthétique et idéologique du discours politique au cinéma.
Le colloque a débuté par la conférence plénière de Serge Chauvin (Université Paris-Nanterre) qui a étudié l’intégration des discours politiques dans le cinéma hollywoodien classique, mettant en évidence la manière dont des films comme Mr. Smith Goes to Washington (Frank Capra, 1939) et Young Mr. Lincoln (John Ford, 1939) dépassent les frontières de la narration classique en faisant passer des messages politiques qui interpellent directement les spectateurs. Dans ces films, les discours, souvent portés par des figures historiques ou fictives, sont soutenus par la mise en scène, le montage, la musique et les réactions des personnages. Chauvin a souligné la tension entre l’idéal de cohérence narrative et la perturbation provoquée par les discours politiques, qui véhiculent des conflits historiques ou idéologiques. Ces discours ne sont pas uniquement ornementaux, mais poussent directement les spectateurs à l’action et brouillent les frontières entre fiction et réalité. Le discours filmique apparaît comme un espace de tension, révélant le potentiel du cinéma à agir sur le réel. Cette réflexion s’est prolongée dans l’ensemble des panels du colloque.
Le premier panel, intitulé « Guerre et mémoire politique à l’écran », s’est ouvert sur la présentation de Véronique Elefteriou-Perrin (Université Paris Cité) qui a étudié les discours présidentiels et les liens entre les héros du passé et les hommes importants d’aujourd’hui. Elle a analysé la manière dont des films comme Blockade (William Dieterle, 1938), Foreign Correspondent (Alfred Hitchcock, 1940) et The Lion Has Wings (Adrian Brunel, Brian Desmond Hurst, Michael Powell, Alexander Korda, 1939) mobilisent la rhétorique patriotique pour renforcer une continuité nationale en période de tensions internationales. L’exemple de I’d Rather Be Right (Moss Hart, George S. Kaufman, 1937), dans lequel un discours présidentiel fictif est transformé en chanson, montre comment le cinéma participe à la diffusion de ces discours. Marco Grosoli (Université Nova de Lisbonne) a ensuite analysé le film My Son John (Leo McCarey, 1952). Ce film anti-communiste incarne l’idéalisme américain à travers le personnage de John, un jeune homme devenu espion communiste, et explore les dynamiques familiales, notamment à travers la figure maternelle. Grosoli a souligné l’ambiguïté de ce film, qui se distingue des autres productions anti-communistes en mettant l’accent sur les tensions internes et sur une approche œdipienne de la réconciliation familiale. Plutôt que d’offrir un discours moral clair, le film interroge les notions d’obéissance et de soumission dans le contexte de la guerre froide. Ce premier panel a ainsi mis en évidence la façon dont le cinéma mobilise le discours politique pour construire une mémoire nationale et idéologique, ou au contraire pour en révéler les contradictions. Au-delà des mots, l’attention portée à la forme du discours mène naturellement à une réflexion concernant son orateur.
Le deuxième panel, « Figures politiques et mise en scène au cinéma », s’est ainsi centré sur le rôle de l’orateur dans le discours cinématographique. George Asimos (Neumann University, Pennsylvanie) a ouvert la marche en soulignant le message culturel impérialiste du film Independence Day (Roland Emmerich, 1996). Il a montré comment les États-Unis y sont représentés comme le sauveur du monde, porteur de valeurs héroïques et universelles, incarnées par un président représentant le courage et la masculinité. Le discours présidentiel spontané renforce l’idée d’une continuité idéologique américaine, où la menace extraterrestre sert de métaphore à une menace extérieure identifiable, justifiant une politique interventionniste et impérialiste déguisée. Le président, en tant qu’orateur, transforme les États-Unis en un modèle universel à défendre. Milan Hain (Palacky University Olomouc) a ensuite analysé la comédie Dave (Ivan Reitman, 1993) où un homme ordinaire remplace le président des États-Unis et incarne une politique plus humaine et authentique. Il a souligné la critique du système politique américain que ce film offre, suggérant que la politique serait meilleure si elle était dirigée par des gens ordinaires et bienveillants. Le personnage de Dave devient ainsi la voix de cette fantaisie politique, avec des discours qui défendent l’authenticité et la force du système politique américain. Enfin, André Kaenel (Université de Lorraine) a conclu le panel en revenant sur l’influence de la Grande Dépression sur le cinéma dans des films comme Gabriel Over the White House (Gregory La Cava, 1933), où un président se transforme en dictateur bienveillant. Il a exploré la manière dont ce film met en lumière l’ambiguïté de la démocratie et ses dérives vers l’autoritarisme en période de crise. En citant Abraham Lincoln (1930) de D.W. Griffith, il a souligné la réécriture des figures politiques par le cinéma pour en faire des symboles idéalisés, contribuant à une perception mythifiée des présidents et de leurs discours. Ces trois interventions ont souligné la manière dont le discours apparaît comme un outil de pouvoir étroitement lié à la construction de mythes politiques à travers des figures présidentielles qui peuvent être idéalisées ou critiquées. Le panel qui a suivi a permis d’élargir cette réflexion en se penchant sur des orateurs et des discours moins institutionnels, portés par un engagement collectif ou militant.
Le troisième et dernier panel de la première journée, « Activisme et changements sociaux dans la fiction », s’est ouvert avec la présentation de Jeremy Tranmer (Université de Lorraine). Il a notamment analysé la fonction des discours dans le film Pride (Matthew Warchus, 2014), où des activistes, et non pas des politiciens, prononcent des discours sur la répartition du pouvoir et les structures sociales du Royaume-Uni dans les années 1980. Bien que relativement fidèle aux faits, le film a atténué certaines critiques sociales, comme les références au socialisme et à la solidarité de classe, pour être moins subversif et assurer son succès commercial auprès d’un public contemporain néolibéral. Margaux Collin (Université de Reims) a ensuite examiné le film Selma (Ava DuVernay, 2014) et la façon dont il s’intéresse à la pluralité du mouvement des droits civiques, en utilisant King comme point d’ancrage. Elle a notamment mis en lumière la responsabilité qui vient avec la réécriture de discours historiques, puisqu’Ava DuVernay a réécrit la majorité des discours de King pour des raisons de droit. Les aspects privés et publics de King sont entrelacés dans leurs représentations à l’écran à travers les discours, de leur écriture dans son lit à leur diction officielle devant un public. Le dénouement du film repose sur un discours de King, lui aussi réécrit par la réalisatrice, qui permet à Collin d’interroger l’équilibre entre fidélité à l’histoire et accessibilité par la représentation filmique. Enfin, Carlo Comanducci (Vistula University) a élargi l’étude du discours à la gestuelle et au relationnel. Dans les films, le discours devient une personnalisation de la politique, qui n’est pas transmise uniquement par les mots. Avec l’étude de Daughters of the Dust (Julie Dash, 1991), Do the Right Thing (Spike Lee, 1989) ou encore 12 Years a Slave (Steve Mc Queen, 2013), il a montré que la parole politique peut aussi prendre des formes poétiques, musicales et collectives, et que ces expressions jouent un rôle essentiel dans la résistance et la survie face à l’oppression. Ce dernier panel a déplacé la notion de discours politique vers des formes d’expression collectives, militantes et parfois non verbales. Les interventions de cette première journée ont montré que le cinéma apparaît comme un espace où la parole politique se diversifie et se réinvente, et comme un lieu privilégié de médiation entre histoire, idéologie et représentation. Ces analyses ont ainsi permis d’approfondir des enjeux d’identité et de contexte sociopolitique lors des panels suivants.
Lors de la seconde journée, le quatrième panel du colloque, intitulé « Identité, populisme et représentation », a permis d’explorer plus profondément la manière dont la présence du discours politique au cinéma transforme cet art en « agent de l’histoire » 1 , selon la formule de Marc Ferro. C’est ce que le premier panéliste, Paul Buffeteau (Université de Montpellier Paul Valéry), a défendu lors de son intervention analysant le film Catalunya Über Alles (2010) de Ramon Térmens. Selon lui, l’objet du cinéma est le monde qui l’entoure et, de fait, un film est une source de renseignements privilégiée sur son contexte de production. Les discours présents dans le film puisent leur force dans la mise en scène dystopique et satirique de l’arrivée d’un parti fasciste au pouvoir, reprenant les codes de l’Allemagne nazie, mais aussi dans le contexte de crise politique et économique de la Catalogne en 2010 et dans l’engagement politique marxiste de l’acteur Jordi Dauder, qui joue l’homme politique d’extrême droite. Les liens entre fiction et réalité, loin d’être contradictoires, s’entremêlent pour donner de la substance au discours, le charger d’une signification plus profonde. Cet aspect est également essentiel dans l’intervention du deuxième panéliste, Asa Willoughby (Université du Michigan). À travers l’analyse de films tels que East Is East (Damien O’Donnell, 1999) et Bend It Like Beckham (Gurinder Chadha, 2002), Willoughby aborde le cinéma comme espace de création d’une identité diasporique à part entière. Les discours et personnages fictionnels puisent dans la réalité nuancée de l’expérience diasporique pour développer une identité culturelle qui dépasse les frontières du cinéma. Ce panel a ainsi montré comment le discours politique au cinéma s’ancre dans des contextes historiques et sociaux précis pour participer à la construction d’identités collectives et culturelles, notamment à travers l’articulation de la fiction et de la réalité.
Le cinquième panel, « Intimité et identité politique dans la fiction », a poursuivi cette réflexion sur la représentation de l’identité à l’écran. L’intervention de Martin Bartelmus (Université de Düsseldorf) a mis en avant l’importance de l’esthétique dans la mise en scène de la parrhésie, ou liberté d’expression, dans Hannah Arendt (Margarethe von Trotta, 2012). En représentant le discours comme un rapport direct à la vérité et à la liberté, le film permet d’affirmer le caractère fondamentalement politique de la parrhésie. Selon Bartelmus, cette conception ouvre la voie à une réflexion sur une possible parrhésie filmique : le cinéma deviendrait lui-même un vecteur de vérité, définissant par l’art les notions d’intimité et d’identité. Grégoire Halbout (Université de Tours) étudie quant à lui un film d’un tout autre genre : Red, White, and Royal Blue (Matthew López, 2023), une comédie romantique LGBTQ+ qu’il décrit comme étant un conte de fées avec des discours politiques. Alors que le contexte politique semble surtout servir de toile de fond à la romance entre les deux personnages, respectivement le fils de la présidente des États-Unis et un prince britannique, le discours crée un pont entre les sphères publique et privée. Ces discours sont ainsi une manière de parler de politique en des termes personnels, et de définir un droit à l’intimité face aux médias. À travers ces deux communications portant sur des films très distincts l’un de l’autre, la représentation du discours à l’écran se révèle porteuse d’une visée qui dépasse le cinéma et qui n’est pas limitée à des manifestations classiques du discours.
Le sixième panel, « Dystopies et utopies politiques », a mis en avant la manière dont la science-fiction interroge les idéologies technologiques et politiques à travers la mise en scène du discours. Mehdi Achouche (Université Sorbonne, Paris-Nord) a d’abord proposé une analyse critique du film Colossus: The Forbin Project (Joseph Sargent, 1970), mettant en scène la prise de pouvoir d’une intelligence artificielle sur le monde. Le président des États-Unis, dont l’acteur (Gordon Pinsent) ressemble à dessein à John Fitzgerald Kennedy, voit son projet technologique de paix et de prospérité s’effondrer. Lors de son discours, le président est présenté de manière distante, floue, toujours à travers l’œil de la caméra. Lorsque le robot prend le pouvoir, son discours est un miroir de celui du président qui souligne l’échec de son projet et provoque une analyse critique des discours techno-utopistes. Thomas Britt (George Mason University) a poursuivi la réflexion dans sa présentation portant sur Independence Day (Roland Emmerich, 1996) et The Day the Earth Stood Still (Robert Wise, 1951). Il compare notamment le rôle et le placement des discours dans ces deux films. En effet, dans The Day the Earth Stood Still, le discours est le point d’orgue de la narration puisqu’il est considéré comme le but du film : un message moral préconisant la paix. En revanche, dans Independence Day, le second discours du président est fructueux car il parvient à adopter une position patriotique plus simpliste, et ainsi plus fédératrice avant le combat final. Britt a également argumenté que certains films, comme Don’t Look Up (Adam McKay, 2021), offrent des variations « post-post-modernes », avec un président qui minimise et nie les dangers liés à une météorite se trouvant sur une trajectoire de collision avec la Terre. À travers ces différents exemples, Britt et Achouche ont montré une nouvelle fois la portée et l’importance narrative du discours politique au cinéma et sa capacité à interroger et à mettre à distance des idéologies.
Le colloque s’est achevé sur un septième panel, « Politique et histoire dans les récits fictionnels », qui a permis d’offrir une nouvelle perspective sur la manière dont le discours façonne une certaine représentation de l’histoire. Dans son intervention, Tatiana Kelebek (Université technique de Riga) a proposé une analyse des deux séries de Paolo Sorrentino, The Young Pope (2016) et The New Pope (2020). Elle a mis en lumière l’omniprésence des discours et leur double signification auprès d’un public diégétique et extradiégétique. Ces discours permettent de construire la figure du Pape fictionnel comme personnage religieux, historique et privé. La comparaison des différents discours représentés par le réalisateur Paolo Sorrentino a également souligné la flexibilité de cet élément rhétorique et esthétique. C’est un aspect qui a par la suite été approfondi par Laurent Refuveille (Université de Lorraine) dans sa présentation interrogeant le rôle du discours dans la représentation de la pensée historique, politique et sociétale dans l’œuvre de John Ford. Il a analysé la manière dont Ford, tout en idéalisant parfois la politique américaine, met en doute la sincérité des discours politiques. Cette ambivalence se traduit par une déconstruction des mythes, puisque les discours ne sont pas toujours portés par des figures vertueuses. Chez Ford, le discours fictionnel devient un outil de réflexion critique sur la politique et l’histoire qui dépasse l’écran. Or, selon le dernier panéliste de la journée et du colloque, Roman Mamin (Université Paris Cité), le discours cinématographique dépasse même les mots. Dans son intervention discutant le film soviétique Alone (Leonid Trauberg et Grigoriy Kozintsev, 1931), il a défendu l’idée que des sons non verbaux peuvent avoir une portée universelle. La période de transition vers le cinéma sonore fut ainsi un vecteur d’exploration dans la transmission d’une idéologie, et le discours a pu prendre une forme nouvelle, moins linguistique et plus sonore et sensorielle. Les panélistes ont tous trois souligné la façon dont le discours filmique participe pleinement à la construction et au questionnement des récits historiques. La plasticité du discours, qui lui permet de prendre des formes multiples et parfois non-verbales, témoigne de la complexité et de l’intérêt à analyser sa relation à la politique et à l’histoire dans le cinéma.
Le colloque a été un lieu de présentations et d’échanges riches qui ont permis d’étudier et de définir avec précision les liens forts qui unissent la politique et le cinéma. Le discours, en tant qu’objet d’étude, a cristallisé de nombreuses problématiques esthétiques, linguistiques et narratives. Ces deux jours ont ainsi été l’occasion de se confronter à ces perspectives diverses afin de faire avancer la recherche collectivement. Au fil des interventions, il est apparu que le discours cinématographique n’est pas seulement un outil de transmission ou de légitimation politique : c’est une articulation entre histoire, mémoire et réalité, un espace de construction de l’identité, ou encore une façon de questionner les liens entre vérité et fiction. Les intervenants ont, dans leurs analyses, révélé sa diversité dans le fond comme dans la forme. La représentation du discours à l’écran le transforme, en lui conférant de nouvelles fonctions offrant autant de perspectives inédites pour la recherche. Le colloque a ainsi mis en avant l’importance de poursuivre ces analyses afin de mieux comprendre comment le cinéma contribue à penser et représenter le politique dans toutes ses dimensions.
Les actes sont en cours de publication dans deux revues en ligne : un premier numéro dans Lisa, consacré aux représentations du discours politique dans le cinéma hollywoodien, et un second dans Interfaces, centré sur l’activisme et les changements sociaux.
- Marc Ferro, Cinéma et Histoire, Paris, Gallimard, 1993, p. 20.↵
Bibliographie
FERRO Marc, Cinéma et Histoire, Paris, Gallimard, 1993.
Auteur
Clémence Cruzille
Clémence Cruzille a obtenu son Master Langues et Sociétés parcours Mondes Anglophones en 2025 à l’Université de Lorraine. Ses recherches se concentrent sur la littérature britannique et son mémoire est une étude en profondeur de l’œuvre de Clementina Black. Elle travaille aujourd’hui afin de réussir l’agrégation d’anglais.
Inès Faraoun
Inès Faraoun a obtenu son Master Langues et Sociétés parcours Mondes Anglophones en 2025 à l’Université de Lorraine. Son mémoire porte sur l’utilisation de l’humour par les communautés arabes et musulmanes aux États-Unis dans la construction de leur identité culturelle. Son travail de recherche a été récompensé par l’obtention de la bourse d’excellence Orion en 2024.
Pour citer cet article
Clémence Cruzille, Inès Faraoun, Colloque « Discours politique et cinéma de fiction / Political Speeches in Film », ©2025 Quaderna, mis en ligne le 31 décembre 2025, url permanente : https://quaderna.org/8/colloque-discours-politique-et-cinema-de-fiction-political-speeches-in-film/
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