«Found in (Mis)Translation » : les impondérables de la (mé)traduction

Selon sa définition convenue, consignée dans les dictionnaires, le terme mistranslation (ou « métraduction » pour utiliser son calque français) désigne tout simplement une traduction erronée, une « faute » de traduction. Toutefois, en suivant l’idée d’une possible productivité de l’erreur, une partie de la traductologie contemporaine a conféré un sens moins restrictif à ce concept pour interroger la limite séparant la « bonne » de la « mauvaise » traduction. Ces approches s’intéressent, d’une part, à la subjectivité du traducteur, à la traduction comme acte interprétatif, voire créatif, en mettant en cause la vision binaire, voire manichéenne, qui sous-tend le préfixe « mis- ».

D’autre part, ces recherches analysent les effets (im)prévus que certaines traductions « actives » ont pu avoir dans l’histoire, en soulignant la dimension performative de celles-ci. En effet, quelle que soit la manière dont on évalue une (mé)traduction donnée, ses répercussions sur l’histoire politique, intellectuelle, littéraire peuvent être spectaculaires. À titre d’exemple, on pourrait citer le cas de la Dépêche d’Ems de 1871, dont la traduction est inséparable du déclenchement de la Guerre franco-prussienne, ou bien l’usage créateur que Borges fait de la « métraduction », à partir des années 1920, dans le contexte de la fondation d’une tradition littéraire argentine. La réception internationale du terme de « littérature mineure » forgé d’après Kafka, pourraient compléter ces premiers exemples qui ont déjà fait l’objet d’analyses et d’études.

Pour son quatrième numéro, la revue Quaderna entend approfondir cette exploration de la problématique de la métraduction dans une perspective résolument plurilingue, interculturelle et transnationale, en allant de l’écriture translingue (Yoko Tawada) au domaine biblique (Claire Placial), en passant par la théorie de la traduction (Antonietta Sanna, Arianne Des Rochers/Robert Twiss), les études de réception (Sara Kathrin Landa) et l’histoire intellectuelle transnationale (Jana-Katharina Mende).

Numéro dirigé par Sylvie Le Moël et Dirk Weissmann.
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