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# 08 Politiques de la recherche-création

Indiscipliner la recherche-création et quelques jalons en vue d’une cherche encore à inépuiser

Abstract

Playing with family resemblances as well as cartography without being one of them, much less an exhaustive archaeology, this text retraces my encounter with research-creation upon my arriving in Montreal. May this journey shed light on some aspects of this current and its paths of development, particularly in terms of indiscipline. Indiscipline opens up the black boxes of established categories, including “research” and “creation,” revealing their fundamentally intertwined and situated dimension. I will also outline even more exploratory avenues, toward this “search” that occurs when the “re” falls like a ripe fruit. Given that art is what makes life more interesting than art (thank you, Filliou!), search is what reminds research that it too can be a living art.

Résumé

Ni portrait de famille ni cartographie, encore moins archéologie exhaustive, ce texte retrace ma rencontre avec la recherche-création en arrivant à Montréal. Puisse ce cheminement éclairer quelques aspects de ce courant et de ses lignes de devenir, en particulier du côté de l’indiscipline. L’indiscipline ouvre les boîtes noires de toutes les catégories établies, y compris celle de « recherche » et celle de « création », pour révéler le caractère fondamentalement embrayé et relationnel de chacune d’entre elles. J’esquisserai aussi quelques pistes encore plus exploratoires, pour continuer à m’orienter vers cette « cherche » qui advient lorsque le « re » tombe comme un fruit mûr. Si l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art (merci, Filliou !) alors la cherche est ce qui rappelle à la recherche qu’elle aussi peut être un art vivant.

Texte intégral

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L’invitation qui m’a été lancée consistait à retracer une archéologie de la recherche-création au Québec et au Canada. Indispensable, en effet, au vu du rôle joué tant par les institutions de recherche (les universités de Montréal en particulier, et surtout Concordia et l’Uqam, Université du Québec à Montréal) que par les organes de financement (le CRSH, Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, et le FQRSC, Fonds de recherche du Québec – Société et culture) dans la constitution et la consolidation de ce champ d’exploration. Mais voilà : j’ai dû déclarer forfait. Je me console en me référant à la huitième proposition énoncée par Erin Manning et Brian Massumi qui, depuis leur statut de grandes figures tutélaires et inspirantes de la recherche-création, invitent à « embrasser l’échec » 1 … Et dans cet embrassement, j’essaye de comprendre. Il y a, sans doute, que ce travail a déjà été accompli et de façon très satisfaisante, et de multiples manières, si bien que recommencer semble un peu vain 2 . Il y a aussi ce paradoxe qui consiste à adopter un format académique pour traiter de l’originalité de la recherche-création, comme le soulignent Owen Chapman et Kim Sawchuk dans leur article très complet (auquel je renvoie si vous êtes en quête d’une généalogie en forme d’album de famille) 3 . Après avoir pas mal tourné en rond, je me décide pour une autre stratégie : ce dont je rendrai compte ici, c’est de la manière dont la rencontre avec la recherche-création a transformé mon paysage académique au point de me conduire à prendre part à ce qui se trame en ces termes des deux côtés de l’Atlantique. C’est, en effet, suite à un doctorat mené entre 2007 et 2010 en cotutelle entre les universités de Lille 3 et Concordia que j’ai été recrutée en 2012 pour fonder le Centre d’études québécoises de la Sorbonne nouvelle – Paris 3, que je dirige depuis en direction d’une recherche-création-action indisciplinée. Quelque temps plus tard, je retourne pour une année à l’Université de Montréal en tant que Professeure invitée et titulaire de la Chaire d’études de la France contemporaine – ce sera l’occasion d’écrire et de publier mon petit livre jaune intitulé Indiscipline ! 4 qui lancera une nouvelle collection chez Nota Bene. Et c’est dans la continuité de ces explorations que s’inscrit l’élaboration d’une « inépuisette à cherche » dont je vous offrirai ici la primeur de quelques linéaments… J’assume donc une approche extrêmement située de certains aspects de la recherche-création, espérant esquisser une image moins biaisée et subjective (ce qu’elle est aussi) qu’orientée vers un horizon dans lequel ce n’est plus une personne qui cherche mais la cherche qui libère de la personne… Voyons si ça marche, vous voulez bien ?

Un parcours en recherche-création (parmi d’autres sentiers qui bifurquent ou convergent)

Pendant la période de mon doctorat (2007-2010), j’ai la chance de plonger à Montréal dans une recherche-création en ébullition : le Sense Lab, fondé par Erin Manning et Brian Massumi en 2004, est en pleine activité. Erin Manning et Brian Massumi ne sont ni tendres ni crédules en présentant ce courant alors encore en émergence :

Il est généralement admis que les conditions de la recherche et de la création ont été profondément bouleversés par l’essor d’une « économie du savoir » de plus en plus spéculative, régie par l’innovation et un marché en constante évolution. […| Les arts et les lettres n’ont pas été épargnés par cette tendance à la néolibéralisation de la recherche. En 2003, une nouvelle catégorie de financement intitulée « recherche-création » fut introduite au Canada pour promouvoir des formes d’activité hybrides promettant de capturer au nom de la recherche l’énergie créatrice d’artistes rattachés à l’institution universitaire. 5

Cette approche critique n’empêche pas et même favorise un parti pris en faveur d’une recherche-création digne de désir, dont les principes se dessinent chemin faisant et s’explicitent dans et par des gestes mineurs partagés à toujours plus qu’un·e 6 . Ce que je soulignerais comme un aspect saillant de cette théoripratique c’est l’articulation avec le corps, un corps qui est toujours plus vaste que celui que nous croyons être et qui pose le mouvement comme principe fondamental de toute pensée, loin des normativités validistes.  Nous nous réunissons régulièrement dans cet écosystème qui a notamment pour organe la salle pleine de coussins et de hamac du bâtiment EV de Concordia et aussi à la SAT (Société des Arts Technologiques). L’événement Danser le virtuel / Dancing the Virtual venait d’avoir lieu à l’été 2005. Il y a aussi l’élaboration des numéros de la revue Inflexions, dont le format en ligne (pas en pdf) reste pour moi un modèle de publication en recherche-création.

Inflexions is an open-access journal for research-creation sponsored by the Sense Lab. It publishes articles, short texts of various genres including poetry and ficto-theory, images, sound, and other multimedia content. We invite writing and/or other forms of expression actively exploring such issues as: (inter/trans/non) disciplinarity; the emergence of new modes of collaboration; micropolitics and the life and death of institutions; creativity, subjectivity and collectivity in cultural production; the ethics of aesthetics; the aesthetic as ethics. The goal is to promote experimental practices combining research and creation in such a way as to foster symbiotic links between philosophical inquiry, technological innovation, artistic production, and social and political engagement. Of continuing concern will be how these efforts may renew and recast relations between the concrete and the abstract, perception and conception, the body and technology. […] 7

Régulièrement, nous fomentons des nœuds et autres mouvements de pensée qui se déroulent sur le « plancher » de l’Usine C, un centre de création et de diffusion situé à Montréal :

Movements of Thought considers ways of moving and thinking through embodied experience, and of thought itself as a mobile interplay across disciplines. What is a moving thought? How may it open bodies to modes of lived abstraction, becoming more-or-less human, comprising images, material entities, and affective compositions? What techniques may be drawn from diverse practices in physical movement, and how may these be assembled in discussion with scholars and practitioners from other fields? Working alongside Knots of Thought, this assembly of thinking-together invites participants to consider what may be at stake for performing an ecology of practices in the movements of thought. 8

Quelques années plus tard (en 2016), la directrice de l’Usine C, Danièle de Fontenay, placera l’ensemble de la programmation « sous le signe vivifiant de l’indiscipline » – j’y viens plus bas.

Parmi les jalons importants dans cette histoire un autre acteur principal, le Réseau de recherche-création en arts, cultures et technologies Hexagram, se scinde en 2008 pour donner naissance à deux plateformes universitaires de recherche-création : Hexagram-Concordia et Hexagram-UQAM, dont Mario Côté est cofondateur et co-chercheur. Les activités de valorisation industrielle sont alors intégrées au nouveau Consortium en Innovation Numérique du Québec (CINQ). Un séminaire est instauré par Louis-Claude Paquin et Cynthia Noury, qui invitent à une pratique cartographique :

Recherche-création, artistic research, practice-based research, practice-led research, practice as research… Apparues dans la foulée de l’entrée de la pratique artistique aux études supérieures, les diverses déclinaisons de la recherche-création (RC) se sont constituées et taillées une place aux côtés de la recherche qualitative ou postpositiviste pratiquée en sciences humaines et sociales. Dans ce contexte, une définition commune est réclamée par plusieurs acteurs du monde académique.
Définir la recherche-création (RC) c’est pourtant donner, ou plutôt instituer, un statut théorique à cette pratique en l’élevant au rang de concept abstrait et, ce faisant, en gommant la spécificité de ses manifestations. Nous proposons en effet de considérer la RC comme une pratique, c’est-à-dire un ensemble d’activités incarnées, matériellement médiées et contextuelles. Pour prendre en compte la diversité et la singularité des pratiques de la RC, un changement d’attitude épistémologique s’impose : abandonner la démarche définitoire au profit d’une démarche « cartographique ». C’est ce que nous proposons à travers ce projet de recherche en cours. 9

Ce travail débouchera sur plusieurs publications ainsi que des cartes ou diagrammes dont ceux-ci 10  :

Plusieurs sessions seront organisées dans le cadre de l’Acfas (l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences) qui se présente comme « l’organisation de référence pour assurer la pérennité, l’avancement et la vitalité des sciences et de la recherche en français » 11 . Il y aura ainsi une journée le 14 février 2018, lors du 87ème Congrès, intitulée « Définir la recherche-création ou cartographier ses pratiques ? » 12 et tout récemment, à l’occasion du 92ème Congrès : « Recherche-création : Monstration des œuvres arts et sciences au prisme du posthumain » 13 .

Un événement important organisé par l’Uqam a lieu à l’Agora d’Hydro-Québec en mars 2014 : « La recherche-création : territoire d’innovation méthodologique » 14 .

En 2019, le Sense Lab donnera naissance à une nouvelle infra-structure, celle des « 3 écologies », dans laquelle il finira par se dissoudre entièrement en 2019. Cette fois, la recherche-création-action a largué les amarres universitaires :

Projet des trois écologies a pour mission d’établir et de développer un milieu d’apprentissage autonome et collaboratif, dédié à l’invention d’entrecroisements nouveaux entre la philosophie, l’art, et le milieu écologique. À cette fin, l’Institut expérimentera des techniques d’enquête innovatrices catalysant l’émergence de pratiques collectives autogérées. […] 15

Sans aucune prétention à l’exhaustivité, ces quelques éléments dressent le paysage dans lequel je me suis orientée pour commencer, moi dont la formation académique relevait d’une tout autre tradition… En se prolongeant, mon parcours me conduira à faire quelques pas de côté.

Indiscipline ! Un univers parallèle

Tandis que l’univerCité se reconfigure au moins partiellement autour de cet axe initié par la recherche-création, le monde de l’art pratique a mieux résisté à intégrer les dichotomies qui territorialisent des couples aussi indissociables que supposément séparés (théorie/pratique, fondamental/appliqué, dur/mou, pensée/expérience, etc). Si l’appellation « recherche-création » n’y a pas vraiment cours, c’est peut-être parce qu’elle est superflue. Le point d’impact qui m’apparaît est plus large et se formule d’un autre terme : indiscipline ! Owen Chapman et Kim Sawchuk ont eu recours aux « airs de famille » inspirés de Wittgenstein pour envisager la recherche-création en constellation. Claude Paquin et Cynthia Noury préféraient la cartographier plutôt que la définir. Ces deux approches me semblent pertinentes aussi pour aborder l’indiscipline. Voici donc un portrait mouvant, qui ne prétend pas fixer l’image, en arrêter les bords ni en circonscrire le périmètre, mais dresser une approche par le milieu 16 .

  • Hélène Doyon et Jean-Pierre Demers, qui se présentent comme « œuvrière et œuvrier indisciplinaires », composent depuis 1987 le duo Doyon/Demers :

Depuis 1993, nous utilisons le néologisme indisciplinaire pour nous définir comme étant sans discipline fixe et indisciplinés. Dans cette position idéologique, nous nous trouvons interpellés par une inscription systémique – plutôt que par une allégeance disciplinaire – dans un registre de services et de fonctions. 17

En 2023, Jean-Pierre Demers soutient une thèse intitulée « Profession socioesthéticien : essai de recherche création en étude et pratique indisciplinaires » 18 .

  • Valérie Rousseau a créé la « Société des arts indisciplinés » en 1998 pour organiser des expositions, des colloques et des conférences, documenter des pratiques. Un ouvrage paru aux éditions du Musée canadien documente un ensemble de Vestiges de l’indiscipline.
  • En 2001, Guy Sioui Durand revendique l’indiscipline en contribuant au volume dirigé par Lynn Hughes et Marie-Josée Lafortune, Penser l’indiscipline/Creative confusions, Recherches interdisciplinaires en art contemporain 19 . Le lien avec différentes approches indissociablement esthétiques, politiques et éthique, scientifiques et pédagogiques développées par des personnalités issu·es des Premières Nation est manifeste. Il se déploie notamment par la participation au mouvement Idle No more en 2012. Bien qu’elles n’aient pas recours au terme, Leanne Betasamosake Simpson et Natasha Kanapé Fontaine contribuent elles aussi à donner figure à l’indiscipline.
  • La même année paraît l’ouvrage de Danielle Blouin, Un livre délinquant : les livres d’artistes comme expériences limites, Montréal, Les Éditions Fides, 2001. La dimension éditoriale s’avère cardinale pour l’indiscipline, qui exige pour se déployer des formats non-standards. Typiquement, je pense aux numéros de revue-tracts de « l’expiatoire de création » Fermaille 20 pendant la grève étudiante devenue Printemps érable en 2012.
  • L’ouvrage co-dirigé par Caroline Désy, Véronique Fauvelle, Viviana Fridman et Pascale Maltais, Une œuvre indisciplinaire. Mémoire, texte et identité chez Régine Robin, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2007 opte pour un adjectif proche, mais dont le suffixe rejoint davantage une acceptabilité académique. Outre les formats et les champs académiques (histoire et littérature), ce sont les frottements et frictions entre les langues qui génèrent l’indiscipline spécifique de Régine Robin.
  • Les productions Rhizome 21 , fondées en 2000, est un « générateur de projets interdisciplinaires dont le cœur est littéraire » et parfois franchement indiscipliné, à l’image de son actuel directeur, Simon Dumas, qui se présente lui-même en tant qu’« Auteur indiscipliné » 22 .
  • Le bureau de l’APA, cofondé par Laurence Brunelle-Côté et Simon Drouin, se présente comme « un atelier de bricolage indiscipliné permettant la rencontre de créateurs de tous horizons autour de projets artistiques atypiques. » 23   Il considère que « les œuvres permettent et stimulent la rencontre d’artistes et d’artisans autour de projets artistiques suscitant la réflexion et la mise en commun d’expériences, de ressources et de savoir-faire pluriels. Il s’agit de faire en sorte que les projets demeurent toujours au service d’une intention affranchie des exigences liées au travail disciplinaire. » 24
  • New Eldorado a été durant six mois, du 1er juin au 6 décembre 2015, un lieu d’art actuel totalement indépendant, autofinancé, échafaudé par des artistes pour des artistes. Indiscipline ultime : il la pratique sans l’expliciter 25 . Merci à la Guilde des artistes, et à Guillaume Clermont en particulier.
  • Le cycle des rencontres que j’ai organisées hors-les-murs académiques de janvier à juin 2015 en tant que titulaire de la Chaire d’études de la France contemporaine et professeure invitée à l’Université de Montréal a réuni des complices en indiscipline d’horizons multiples : Emmanuelle Jacques, Patrice Loubier, Clément de Gaulejac, Julie Châteauvert, Frédéric Legris et Jonathan Naud, Jessica Charbonneau, Fabien Desage et last but not least, Dominic Hardy. Un compte-rendu a paru en 2018 dans la revue Muséologies, vol. 9, no 1, p. 113-134.
  • En 2016, je fais paraître Indiscipline ! Tentatives d’UniverCité à l’usage des littégraphistes, artistechniciens et autres philopraticiens, à Montréal, chez Nota Bene. Ce volume a été composé avec l’indispensable complicité de Daniel Canty et l’intervention d’Alexis Coutu-Marion (Charmant&Coutois). L’éditeur Etienne Beaulieu lance, dans le sillage de ce petit livre jaune affublé d’un bonnet d’âne-portevoix, une nouvelle collection précisément intitulée : « Indiscipline ».
  • Dans la foulée de ces parutions papier se constitue en ligne un « Agrégateur d’indiscipline » initié par Pierre-Luc Landry et fondé avec Stefania Becheanu, Etienne Beaulieu, Nathalie Filser et moi-même, que je vous invite chaleureusement à rejoindre 26 .
  •  Le numéro 273 de la revue Vie des arts 27 , paru à Hiver 2024, met et l’indiscipline et la recherche-création à l’honneur et recevra le Prix d’excellence de la SODEP dans la catégorie « Dossier » en juin de la même année.

Tandis que l’inter- ou la pluri-discipline prolongent les modalités d’existence des disciplines instituées pour les combiner, pratiquer l’indiscipline suppose plutôt de se situer en amont de la distinction disciplinaire et loin d’un modèle de capitalisation des savoirs 28 . Il s’agit de ne pas plus opposer les sciences humaines aux sociales que le « dur » au « mou », ou le fondamental, l’expérimental à l’appliqué 29 . L’invitation est d’ouvrir la boîte noire de chaque discipline pour la décloisonner de l’intérieur et la ré-embrayer (ou plutôt admettre qu’elle l’est toujours déjà) dans une situation d’énonciation chaque fois singulière. La dimension politique et la part de l’action est donc explicite. C’est que les urgences, décidément, grondent.

Cherche

De la France au Québec en faisant le tour du monde, des tas d’urgence.
Sur tant de fronts.
Que je m’y cogne la tête, encore et en corps.
Très manifestement, nos logiciels de pensée comme d’action sont obsolètes. Dans les termes de Vilém Flusser en 1990, « Ce n’est pas seulement notre vision, c’est surtout notre vécu du monde, de la société et de nous-mêmes dans le monde et dans la société qui est en crise. » 30 Sans forcément adhérer à la rhétorique de la crise 31 , il s’agit de prendre acte de l’obsolescence des paradigmes hérités 32 et de la mise à mal des institutions universiTerres 33 . Comment et dans quels lieux forger de nouveaux paradigmes susceptibles d’accompagner une bascule dans les référentiels de pensée et d’action ? Comment faire de chaque salle de classe, chaque réunion de laboratoire une zone à défendre, une cellule active prête à entrer en coalition avec toutes les autres formes qui s’entêtent à exister en dehors de toute institution (les associations de quartier et groupes militants souvent en rade de lieux de réunion, etc.) ?

En restaurant toute sa puissance à ce que c’est qu’« idéer » 34  : cet instant où l’idée qui me traverse n’est pas mienne et transforme jusqu’à la conception de la personne.

Soudain : « ah ! » : c’est ça !
Quelle évidence.
Cela arrive peut-être en prenant un bain, ou en promenade. On peut être en train de faire de la musique, de cuisiner, de poncer un meuble, de naviguer ou de s’endormir.
Si vous improvisez avec d’autres, connaissez la saveur d’un exploit sportif, dégustez ce frêle rayon de soleil, vous en avez sans aucun doute déjà eu l’expérience.
On le reconnaît sans même savoir ce que c’est, ni par où cela arrive.
On est touchée aux lisères des pensées et des sensations habituelles, dont les contours deviennent flottants.
Et tout à coup, il y a comme une fenêtre qui se serait ouverte dans la tête et aurait remis l’énergie en mouvement dans tout le corps, et le monde apparait à neuf. Le coincé circule, l’étroit se détend, le contraint est allégé, la tension lâche et respire. Ce qu’on éprouve réinsuffle de l’ouvert dans le resserré, à restaurer les possibles dans l’actuel, à ménager du jeu là où tout semble verrouillé, bref, à revitaliser un potentiel de création, un élan de devenir et d’indéterminé, dans ce qui semblait irrémédiable ou simplement figé. Dans le même temps, ou si vite après : vertige. Ce qui nous ravit le fait aussi dans le sens de la sape des appuis. C’est alors tout sauf facile. On préfère parfois alors écarter ce qui s’est présenté, ou l’oublier. À peine aura-t-on éprouvé une fulgurance dont les contours se dissiperont, comme un rêve au réveil.

Je propose d’appeler « cherche » cette disponibilité-sensation-dynamique-plongée-fulgurance.
J’appelle « cherche » aussi la quête de ces instants, qui ne se laissent pas gouverner au point de sembler réfractaires à toute volonté d’y accéder, mais qu’il doit tout de même être possible de favoriser – c’est du moins mon hypothèse.
La cherche s’inscrit à son tour dans une vaste famille d’autres termes qui pointent vers une direction sans doute similaire, sinon identique : les expériences « ah-ha ! », l’insight ou Einsicht du côté de la psychanalyse, la sérendipité ou sagacité dite aussi fortuité qui a le vent en poupe, le digging du côté de la musique, le flow pour la créativité plus ou moins managériale et l’improvisation par ailleurs, l’inspiration et l’intuition, la curiosité, peut-être même l’Éveil ou le satori dans une dimension plus spirituelle. J’ajouterais à cette galerie le duende répertorié par Garcia Lorca 35 et cette « part d’ombre » identifiée par Wajdi Mouawad 36  : l’une et l’autre font signe vers le revers de la fulgurance que constitue la cherche. C’est ce qui explique, je crois, qu’on y accède si peu : outre son caractère réfractaire 37 qui la rend ingouvernable, la cherche inquiète. Accéder à l’état de cherche ou, plus justement, laisser l’état de cherche nous prendre suppose un frayage, une levée des résistances que sont devenues les structures mêmes d’une certaine manière de réfléchir – laquelle n’a pas du tout l’intention de se laisser faire ! C’est douloureux et profondément angoissant tout autant qu’enthousiasmant : comment savoir ce que donnera la sortie de route ? La limite entre la loufoquerie et le génie n’est sans doute pas tracée d’avance. Dans les termes d’Arthur Koestler : « Cette révolte contre les entraves nécessaires pour maintenir l’ordre et la discipline de la pensée normale, mais fatales au bond créateur, est symptomatique du génie comme de la loufoquerie ; la direction intuitive les distingue, dont seul profite le génie. » 38

Puisque c’est la chute du préfixe « re » qui donne son impulsion à la cherche en la détachant de la recherche, je propose que nous nous y arrêtions un moment. Il peut s’interpréter de diverses manières – en voici un éventail :

Re- comme dans retourner, revenir ou reconnaître : la logique du pro-jet. Le préfixe lance aussi un mouvement qui suppose un premier temps de projection puis une marche arrière suivie d’une progression dans la direction préalablement établie sinon déterminée. La logique du pro-jet fait fonctionner cette aporie à plein, les deux suffixes « pro- » et « re- » entrant en coalescence. Le jeter en avant que constitue le pro-jet suppose qu’un retour en arrière est possible, qu’on peut anticiper et puis rebrousser chemin sans que tout n’ait été radicalement modifié au passage. La géographie de la cherche est radicalement autre, puisqu’elle sait que tout lancer affecte (comme dans Stalker de Tarkovski) l’ensemble de ce qui est comme de ce qui est susceptible d’advenir. Autrement dit, la cherche forme un point de non-retour. C’est à ce prix qu’il y a événement, rencontre : ce qui survient affecte et modifie radicalement.

Re- comme recommencer, répéter, répliquer. Le préfixe « re » peut indiquer la répétition : rechercher, ce serait chercher à nouveau. Typiquement, la possibilité de refaire une expérience dans des circonstances égales ou différentes, en faisant varier des paramètres, est essentielle à sa fiabilité puis à sa validation. Au contraire, la cherche est une occasion à un seul coup. Pour le dire avec une analogie : la cherche est à la recherche ce que la performance est à la représentation théâtrale. C’est pourquoi l’améthode qui caractérise le cherche ne ressemble guère aux protocoles scientifiques – sans pourtant en récuser l’importance ni la valeur. J’emprunte le terme « améthode » ainsi que l’idée du jeu à un seul coup à François Deck : « Assumer l’expérience d’une méthode à chaque fois singulière est le sens même de l’art. L’art renouvelle ses moyens pour des fins toujours imprévues. Cette méthode à un coup, nous pourrions la nommer : “améthode” ». 39

Re- comme dans « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ». Le préfixe « re » peut suggérer l’effort, l’insistance voire l’excès (rechercher, c’est ne pas cesser de chercher, encore et encore). Rechercher, c’est se donner une intention et mettre en œuvre les moyens visant à l’accomplir, c’est opérer en vue d’un objectif et (s’)y tenir. La cherche se méfie de ce qu’induit le fait de vouloir atteindre quoique ce soit. L’effort qu’elle exige, car ce serait un leurre de prétendre qu’elle est pure passivité, relève d’une capacité négative. Il ne s’agit pas non plus de renoncer – il s’avère simplement que ce qui avait échafaudé n’est plus nécessaire ni même utile.

Re- comme dans réflexif. Le « re » a aussi une fonction d’extraction, de mise à distance. La recherche transforme en objet ou en terrain ce à quoi elle s’intéresse : l’exercice de la raison, comme le travail argumentatif, crée des écarts. La cherche passe par d’autres canaux, qui ne dissèquent et n’analysent pas : sa com-préhension est véritablement de l’ordre d’une prise immédiate. La cherche inscrit de plain-pied avec ce qui occupe, mobilise, intéresse. Son mode opératoire est le contact. Le tissu du monde lui apparait, sinon sans couture, du moins sans coupure. On recherche sur, tandis que l’on cherche avec.

Pour résumer en quelques propositions synthétiques, je dirais que :

  • La cherche est à la recherche ce que la performance est à la représentation : une occasion à un seul coup.
  • La cherche, personne ne la fait : elle défait de la personne.
  • La cherche et la recherche spiralent et dansent ensemble.
  • La cherche est ce qui rappelle à la recherche qu’elle aussi peut être un art vivant.

J’ai cru que la cherche s’opposait à la recherche. Que le « re » tomberait quand le mûrissement serait suffisant. Or toutes mes tentatives pour définir la cherche par contraste avec la recherche indiquent une complémentarité davantage qu’une opposition : les deux sont liées dans une spirale qui danse 40 . Plus elles semblent s’opposer, plus l’opération de contraste s’avère aussi une exigence de complémentarité. Or l’institution universitaire surentraîne et valorise assez exclusivement l’aspect « re » de la recherche au détriment de la cherche.

L’un des principaux défis semble résider dans les manières de faire récit de la recherche et plus encore de la science, qui tendent à lisser voir à gommer le processus. Plus précisément, je crois qu’un enjeu réside dans les formats de publication dont les protocoles, normes et autres feuilles de style tendent à exclure les effets de cherche. Il en résulte notamment que, dans sa forme la plus académique, l’écriture tend à faire disparaître la cherche deux fois. Une première fois en effaçant les traces matérielles de l’élaboration de la pensée, qui ne sont considérées que comme des scories, au mieux, ou même des bruits parasites. Le second effacement est dû à la forme même de l’écriture, dont on pourrait dire qu’elle tend vers une dématérialisation, comme s’il lui était possible de donner un accès transparent, sinon immédiat, aux résultats. Un courant de recherche critique, qui se revendique « post-académique » ou « post-qualitatif », met précisément en avant l’enjeu de l’écriture, invitant à élaborer un style moins aride et désincarné, comme le suggère Graham Francis Badley :

My story here is that too many academics, too many of us, fail to write like human beings. Indeed, we may actually have been taught to write like disembodied professionals. […] We have to learn to become human or post-academic writers. Becoming is not just a matter of evolving. It’s more a case of wanting to become, of trying to turn into something different, unless we believe we are caterpillars naturally metamorphosing into butterflies. 41

Bien d’autres collègues pourraient être cités, depuis Arthur Koestler qui déplore la mode récente mais « catastrophique » d’un style « déshydraté » 42 à Alexandre Grothendieck qui donne un compte-rendu aussi désolant que désopilant des résultats qui tendent à effacer toute « démarche spontanée de toute vraie recherche » 43 en passant par Pek van Andel, qui voudrait voir intégrées les erreurs et hésitations dans les publications afin que la « recherche scientifique boîte, marche, danse et saute alors sur deux jambes. » 44

Reste à trouver une forme susceptible non pas de capturer mais de capter, non seulement de rendre compte mais de susciter une telle cherche. Pour cela, je suis en train de constituer une inépuisette… Inépuiser, c’est se départir d’un régime de production des savoirs extractiviste nocif, et particulièrement inadéquat pour aborder la cherche, réfractaire à toute recette supposée réussir à tous les coups. C’est aussi admettre un degré de probabilité très faible en matière de réussite… J’agite l’inépuisette, à la manière d’un capteur de rêves, pour faire signe vers une possibilité pas encore advenue. Je m’assure que ses mailles restent ouvertes pour ne pas risquer de capturer qu(o)i que ce soit. Qui sait ce qui est alors susceptible de se présenter ? Une aventure à suivre, donc, si l’élan vous porte jusque-là !

Notes    (↵ returns to text)

  1. Erin Manning et Brian Massumi, Pensée en acte – Vingt propositions pour la recherche-création, traduction de l’anglais par Armelle Chrétien, préface de Jacopo Rasmi et postface d’Yves Citton, Paris, Les Presses du réel, « La petite collection ArTeC », 2021, p. 54.
  2. Parmi moult lectures, on peut lire l’ouvrage de référence dirigé par Pierre Gosselin et Eric le Coguiec (avec une préface de Louise Poissant), La recherche création. Pour une compréhension de la recherche en pratique artistique (Montréal, Presses de l’Université du Québec, 2006) et accéder en ligne à la thèse soutenue par Chantal Provost en 2022 : « La recherche-création au Québec : cadrage sociohistorique, mode de production de connaissances et diffusion d’une nouvelle forme de recherche », Université du Québec à Montréal, Doctorat en études et pratiques des arts sous la direction de Diane Leduc.
  3. Owen Chapman et Kim Sawchuk, « Research-Creation : Intervention, Analysis, and “Family Ressemblances” », Canadian Journal of Communications, vol. 37, n°1, 2012, p. 22.
  4. Myriam Suchet, Indiscipline ! Tentatives d’UniverCité à l’usage des littégraphistes, artistechniciens et autres philopraticiens, Montréal, Nota Bene, « Indiscipline », 2016.
  5. Erin Manning et Brian Massumi, Pensée en acte – Vingt propositions pour la recherche-création, traduction de l’anglais par Armelle Chrétien, préface de Jacopo Rasmi et postface d’Yves Citton, Paris, Les Presses du réel, « La petite collection ArTeC », 2021, p. 28-29.
  6. À lire notamment : Erin Manning, Always More Than One: Individuation’s Dance, New York, Duke University Press, 2013 et The Minor Gesture, Duke University Press, 2016.
  7. https://www.inflexions.org/about.html
  8. http://topologicalmedialab.net/events/news-and-events/movements-of-thought-4/
  9. https://lcpaquin.com/cartoRC/
  10. Notamment Louis-Claude Paquin et Cynthia Noury, « Petit récit de l’émergence de la recherche-création médiatique à l’UQAM et quelques propositions pour en guider la pratique. » Communiquer, numéro hors-série, 2020.
  11. https://www.acfas.ca/acfas/qui-sommes-nous
  12. https://www.acfas.ca/publications/magazine/2018/02/definir-recherche-creation-cartographier-ses-pratiques
  13. https://www.acfas.ca/archives/evenements/congres/activites/88928
  14. https://www.methodologiesrecherchecreation.uqam.ca/
  15. https://3ecologies.org/about/
  16. « It always happens in the middle » est la première phrase d’une intervention d’Erin Manning au sein du VII Seminario Conexoes en novembre 2017 et aussi de la préface de Jacopo Rasmi, « Manuel d’immédiation », dans Erin Manning et Brian Massumi, Pensée en acte – Vingt propositions pour la recherche-création, op. cit. p. 7.
  17. http://www.doyondemers.org/
  18. Sous la direction de Louis Jacob, intégralement disponible ici https://archipel.uqam.ca/16403/1/D4334.pdf
  19. Guy Sioui Durand, « L’indiscipline : essai sur deux zones fluides de l’interdisciplinarité », dans Lynn Hughes et Marie-Josée Lafortune (dir.), Penser l’indiscipline/Creative confusions, Recherches interdisciplinaires en art contemporain. Interdisciplinary practices in contemporary art, Montréal, Optica, 2001, p. 53-71.
  20. La reprise en un volume a fait débat : archive vive ou monumentalisation mortifère ? Fermaille, Fermaille, Anthologie, Montréal, Moult Éditions, 2013.
  21. https://productionsrhizome.org/
  22. http://citysonic.be/festival2017/simon-dumas/
  23. https://www.bureaudelapa.com/le-bureau/
  24. http://www.bureaudelapa.com/
  25. https://new-eldorado.info/NewEldorado.php
  26. https://onlineacademiccommunity.uvic.ca/indiscipline/
  27. https://viedesarts.com/boutique/n273-hiver-2024/
  28. Maria Hlavajova, Jill Winder, et Binna Choi (éd.), On Knowledge Production: A Critical Reader in Contemporary Art, Utrecht, BAK/Revolver, 2008.
  29. En cela, elle ressemble à cette « discipline delta » suggérée par Henk Slager dans The Pleasure of Research, Ostfildern, Hatje Cantz, 2015, p. 76.
  30. Vilém Flusser, « Création – découverte », repris dans Yves Citton et Marc Lenot (dir.) Arts, sciences, technologies. Défis de la recherche-création, Paris, Les Presses du réel, « La petite collection Artec », 2025, p. 55.
  31. Romuald Bodin et Sophie Orange, L’Université n’est pas en crise, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2013.
  32. Roberto Esposito, Communauté, immunité, biopolitique. Repenser les termes de la politique, traduit de l’italien par Bernard Chamayou, Paris, Les Prairies Ordinaires, 2010, p.151.
  33. Bill Readings, Dans les ruines de l’université, traduit de l’anglais par Nicolas Calvé, Montréal, Lux, 2013.
  34. Jacques Schlanger, Le Jeu des idées, Paris, Hermann, 2010.
  35. Federico García Lorca, Jeu et théorie du duende, traduit de l’espagnol par Line Amselem, Paris, Allia, « La très petite collection », 2013, p. 23.
  36. Wajdi Mouawad, L’ombre en soi qui écrit, Collège de France, Paris, « Leçons inaugurales au Collège de France », 2025, p. 28-29.
  37. Romain Graziani, « Introduction. Ces états qu’on ne saurait vouloir », L’usage du vide : essai sur l’intelligence de l’action, de l’Europe à la Chine, Paris, Gallimard, 2019, p. 8.
  38. Arthur Koestler, Le Cri d’Archimède. La découverte de l’Art et l’art de la Découverte, traduction de l’allemand par Georges Fradier, Paris, Les Belles Lettres, « Le goût des idées », 2011, p. 205.
  39. François Deck, « Translations », Écritures n°9, 2017, p. 151-152.
  40. Donna Haraway, « A Cyborg Manifesto: Science, Technology, and Socialist-Feminism in the Late Twentieth Century », Simians, Cyborgs and Women: The Reinvention of Nature, New York, Routledge, 1991, p. 181.
  41. Graham Francis Badley, « Post-Academic Writing: Human Writing for Human Readers », Qualitative Inquiry, n°1, 2017, p. 3.
  42. Arthur Koestler, Le Cri d’Archimède. La découverte de l’Art et l’art de la Découverte, traduction de l’allemand par Georges Fradier, Paris, Les Belles Lettres, « Le goût des idées », 2011, p. 265.
  43. Alexandre Grothendieck, « L’enfant et le bon Dieu », Récoltes et semailles (I), Paris, Gallimard, 2021, p. 209-210.
  44. Pek van Andel, « Sérendipité, ou de l’art de faire des trouvailles », texte traduit et adapté du hollandais par Danièle Bourcier, Automates intelligents, la Revue mensuelle, n°61, février 2005, https://automatesintelligents.com/echanges/2005/fev/serendi

Bibliographie

BADLEY Graham Francis, « Post-Academic Writing: Human Writing for Human Readers », Qualitative Inquiry, n°1(12), 2017, p. 180-191.

BODIN Romuald et Sophie Orange, L’Université n’est pas en crise, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2013.

CHAPMAN Owen et Kim Sawchuk, « Research-Creation: Intervention, Analysis, and “Family Ressemblances” », Canadian Journal of Communications, vol. 37, n°1, 2012, p. 5-26.

DECK François, « Translations », Écritures, n°9, 2017.

ESPOSITO Roberto, Communauté, immunité, biopolitique. Repenser les termes de la politique, traduit de l’italien par Bernard Chamayou, Paris, Les Prairies Ordinaires, 2010.

FERMAILLE, Fermaille, Anthologie, Montréal, Moult Éditions, 2013.

FLUSSER Vilém, « Création - découverte », repris dans Yves Citton et Marc Lenot (dir.) Arts, sciences, technologies. Défis de la recherche-création, Paris, Les Presses du réel, « La petite collection Artec », 2025.

GARCÍA LORCA Federico, Jeu et théorie du duende, traduit de l’espagnol par Line Amselem, Paris, Allia, « La très petite collection », 2013.

GILBERT Nigel et Michael Mulkay, Opening Pandora’s Box: a Sociological Analysis of Scientists’ Discourse, Cambridge, Cambridge University Press, 1982.

GOSSELIN Pierre et Eric le Coguiec (avec une préface de Louise Poissant), La recherche création. Pour une compréhension de la recherche en pratique artistique, Montréal, Presses de l’Université du Québec, 2006.

GRAZIANI Romain, L’usage du vide : essai sur l’intelligence de l’action, de l'Europe à la Chine, Paris, Gallimard, 2019.

GROTHENDIECK Alexandre, Récoltes et semailles (I), Paris, Gallimard, 2021.

HARAWAY Donna, « A Cyborg Manifesto: Science, Technology, and Socialist-Feminism in the Late Twentieth Century », Simians, Cyborgs and Women: The Reinvention of Nature, New York, Routledge, 1991.

HLAVAJOVA Maria, Jill Winder, et Binna Choi (éd.), On Knowledge Production: A Critical Reader in Contemporary Art, Utrecht, BAK/Revolver, 2008.

KOESTLER Arthur, Le Cri d'Archimède. La découverte de l'Art et l'art de la Découverte, traduction de l’allemand par Georges Fradier, Paris, Les Belles Lettres, « Le goût des idées », 2011.

MANNING Erin et Brian Massumi, Pensée en acte – Vingt propositions pour la recherche-création, traduction de l'anglais par Armelle Chrétien, préface de Jacopo Rasmi et postface d’Yves Citton, Paris, Les Presses du réel, « La petite collection ArTeC », 2021.

MANNING Erin, Always More Than One: Individuation's Dance, New York, Duke University Press, 2013 et The Minor Gesture, Duke University Press, 2016.

MOUAWAD Wajdi, L’ombre en soi qui écrit, Collège de France,  Paris, « Leçons inaugurales au Collège de France », 2025.

PAQUIN Louis-Claude et Cynthia Noury, « Petit récit de l’émergence de la recherche-création médiatique à l’UQAM et quelques propositions pour en guider la pratique. » Communiquer, numéro hors-série, 2020.

READINGS Bill, Dans les ruines de l’université, traduit de l’anglais par Nicolas Calvé, Montréal, Lux, 2013.

SCHLANGER Jacques, Le Jeu des idées, Paris, Hermann, 2010.

SIOUI DURAND Guy, « L’indiscipline : essai sur deux zones fluides de l’interdisciplinarité », dans Lynn Hughes et Marie-Josée Lafortune (dir.), Penser l'indiscipline/Creative confusions, Recherches interdisciplinaires en art contemporain. Interdisciplinary practices in contemporary art, Montréal, Optica, 2001, p. 53-71.

SLAGER Henk, The Pleasure of Research, Ostfildern, Hatje Cantz, 2015.

SUCHET Myriam, Indiscipline ! Tentatives d’UniverCité à l’usage des littégraphistes, artistechniciens et autres philopraticiens, Montréal, Nota Bene, « Indiscipline », 2016.

VAN ANDEL Pek, « Sérendipité, ou de l’art de faire des trouvailles », texte traduit et adapté du hollandais par Danièle Bourcier, Automates intelligents, la Revue mensuelle, n°61, février 2005, https://automatesintelligents.com/echanges/2005/fev/serendi.

Auteur

Myriam Suchet est actuellement Maître de conférences en littératures françaises et francophones et Directrice du Centre d’études québécoises de la Sorbonne Nouvelle – Paris 3. Comparatiste de formation, elle a mené sa thèse en cotutelle entre l’Université Lille 3 et Concordia University, à Montréal. Ce travail, qui a reçu le prix de la meilleure thèse en cotutelle France-Québec 2010 et la Médaille d’or du Gouverneur général du Canada paraîtra prochainement sous le titre Pour un imaginaire hétérolingue. Ce que nous apprennent les textes à la croisée des langues. Un premier ouvrage, tiré d’une étape antérieure de cette recherche, a paru aux éditions des Archives Contemporaines (Paris) en 2009 : Outils pour une traduction postcoloniale. Plusieurs de ses articles sont disponibles en ligne dans des revues qui cherchent à développer des paradigmes alternatifs aux modes de pensées dominantes.

De c’temps citte, Myriam Suchet est Maitre de conférences en littératures françaises et francophones et Directrice du Centre d’études québécoises de la Sorbonne Nouvelle – Paris 3. A l’est comparatiste de formation, pis a l’a drivé sa thèse en cotutelle entre l’Université Lille 3 et pis Concordia University, à Mourial. À cause de t’ça, a l’a reçu l’prix de la meilleure thèse en cotutelle France-Québec 2010 pis la Médaille d’or du Gouvarneur général du plus meilleur pays du monde, le Canada. Sa thèse est due pour paraître betôt pis ça va s’appeler Pour un imaginaire hétérolingue. Ce que nous apprennent les textes à la croisée des langues. Avant ça, a l’avait écrit un aut’ livre, qu’a l’avait tiré d’un step dans sa recherche. Lui, y’est paru déjà, en 2009, aux éditions des Archives Contemporaines (Paris). Ça s’appelle Outils pour une traduction postcoloniale. Y’a tout un paquet d’ses articles qui sont trouvables en ligne dans des revues qui charchent à développer des patentes alternatives aux modes de pensées dominantes.

© traduction en québécois par Michel Vézina

Pour citer cet article

Myriam Suchet, Indiscipliner la recherche-création et quelques jalons en vue d’une cherche encore à inépuiser, ©2025 Quaderna, mis en ligne le 31 décembre 2025, url permanente : https://quaderna.org/8/indiscipliner-la-recherche-creation-et-quelques-jalons-en-vue-dune-cherche-encore-a-inepuiser/

Indiscipliner la recherche-création et quelques jalons en vue d’une cherche encore à inépuiser
Myriam Suchet

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