Colloque « Jorge Luis Borges à travers le monde : lecteurs et lectures »

Université Moulay Ismaïl de Meknès (Maroc), 21-23 novembre 2019

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Oukhadda Khalil Ibrahim_Colloque ‘Jorge Luis Borges à travers le monde, lecteurs et lectures’

Le colloque international « Le legs de Jorge Luis Borges à travers le monde : lecteurs et lectures » s’est tenu les 21, 22 et 23 novembre 2019, à la Faculté des Lettres et des Sciences humaines de l’Université Moulay Ismaïl de Meknès, au Maroc. Organisé à l’initiative de Madame Zohra Lhioui, professeure de littérature comparée et médiatrice de l’Université Moulay Ismaïl, le colloque a réuni les meilleurs spécialistes de l’auteur argentin, avec des contributeurs issus de plusieurs universités, d’univers artistiques différents et d’aires linguistiques et géographiques multiples.

Organisé en partenariat avec l’Ambassade d’Argentine au Maroc – en présence de son Excellence l’Ambassadeur Raul Ignacio Guastavino –, la Fondation Internationale Jorge Luis Borges, le Centre Borges de l’Université de Pittsburgh et le Centre National pour la Recherche Scientifique et Technique du Maroc, le colloque a eu pour principal objectif de réunir les lecteurs de Borges à travers le monde pour dresser un état des lieux de la recherche autour de son œuvre, de ses conceptions intellectuelles, littéraires, métaphysiques et politiques. En consolidation des acquis scientifiques du colloque, une sélection de contributions marquantes ont fait l’objet d’une publication dans le dernier numéro de la revue spécialisée Variaciones Borges (50/2020).

Dans son appel et sa sélection, le comité scientifique du colloque a privilégié des approches comparatistes et interculturelles de l’œuvre de Borges, avec la volonté de favoriser une participation interdisciplinaire et plurilinguistique ayant pour but d’intéresser un public hétéroclite.

 

Dans cette optique, le colloque a accueilli des contributions variées et articulées autour de plusieurs axes de recherches, amorcés d’ailleurs dans la communication inaugurale de l’invité d’honneur Abdelfattah Kilito, écrivain marocain et professeur émérite de l’Université Mohamed V de Rabat. À partir de la nouvelle de Franz Kafka, « Le Voisin » (1931), Kilito a mis en évidence cette proximité que ressentent les lecteurs avec Borges. Ce thème du voisinage, que Kafka a inspiré à Borges, se retrouve dans des nouvelles comme « Borges et moi » (1982) et « L’Autre » (1975), soulevant par la même occasion la question nodale de l’usage de l’intertextualité chez l’auteur argentin, avec ses subtilités et son usage complexe.

Cette fascination du lecteur pour l’intertextualité savante et créative, propre au nouvelliste argentin, se retrouve débattue dans plusieurs communications. D’abord celle d’Evanghélia Stead de l’Université de Versailles Saint-Quentin, intitulée « La 602ème nuit, un Protée littéraire ». En exposant l’influence des Mille et une nuits sur l’œuvre de Borges, en particulier la complexité narrative supposée des procédés de mise en abyme dans la 602ème nuit des contes, Stead met en évidence non seulement la perception de l’infini en littérature mais également la dimension de l’apocryphe dans l’écriture et la pratique du palimpseste chez Borges.

 

Les modalités de l’écriture apocryphe chez Borges ont fait l’objet d’une communication de Hassan Fathi de l’Université Moulay Ismaïl, intitulée : « Borges et l’enjeu de l’écriture apocryphe ». En effet, si l’écriture apocryphe se manifeste dans l’œuvre de Borges dans un rapport de réécriture des textes canoniques, notamment sacrés comme la Bible et le Coran, elle en conserve une aspiration philosophique car, comme l’annonce Fathi, « la première fonction de l’écriture apocryphe chez Borges est la déconstruction de la notion de vérité absolue », à laquelle se substitue la création d’espaces littéraires où les scènes et personnages des textes canoniques peuvent être désacralisés et transformés en « symboles universels ». Ainsi, comme le souligne Matteo Maselli de l’Université de Bologne dans une communication intitulée « Narrative and Structural Intertextuality : How Dante’s Paradiso has conditioned the narratoligical frame of Borges’s Aleph », l’intertexte borgésien peut également être implicite et perceptible en profondeur avec l’usage de représentations ancrés dans la tradition littéraire. En analysant cette connexion entre L’Aleph (1949) de Borges et La Divine comédie (1303-1321) de Dante, Maselli démontre comment l’auteur argentin réassemble des images du « Troisième cantique » du Paradis dantesque.

 

L’influence sur l’œuvre de Borges des grands textes de la littérature orientale et occidentale, ainsi que des livres sacrés, côtoie la présence d’autres traditions artistiques européennes. Dans une communication intitulée « Borges : el legado de la tradición inglesa en la historia de la literatura hispanoamericana », Santiago Guevara, de l’Université Savoie Mont-Blanc Chambéry, a articulé son argumentation autour de la prédominance de la littérature anglaise dans l’histoire littéraire latino-américaine, et plus particulièrement grâce à Borges qui en fut un des ambassadeurs, en tant qu’écrivain et en tant qu’universitaire. En effet, comme le signale Nicolás Lucero, de l’Université de Géorgie, cette passion de Borges pour la littérature anglaise s’accompagne d’un attrait immarcescible pour la littérature anglophone, et notamment américaine. Pour Lucero, l’écriture de la nouvelle « El atroz redentor Lazarus Morell » (1933), dont les événements se passent au Sud des États-Unis, a eu une grande influence à la fois sur sa traduction en espagnol du roman de William Faulkner The Wild Palms (1939), et aussi sur une nouvelle ultérieure : « Tlön, Uqbar, Orbis Tertius » (1940) et plus particulièrement de son personnage Ezra Buckley, un millionnaire du Tennessee.

 

S’il est d’une prime importance d’étudier comment l’œuvre de Borges articule des sources d’inspiration et des intertextes aussi divers et universels, il est tout autant déterminant de considérer le legs de Borges comme un des plus partagés à travers le monde. Parmi ses contemporains, et « voisins », la figure tutélaire de Borges a non seulement été un facteur d’unité pour le boom littéraire latino-américain, mais également un défricheur de nouvelles voies. Dans ce sens, Jorgelina Corbatta, de la Wayne State University de Détroit, a évoqué le lien entre Borges et ses « successeurs » argentins : Juan José Saer, Ricardo Piglia et Manuel Puig, entre attitude « d’adhésion » et de « parricide ». De même, Julio Premat, de l’Université Vincennes Saint-Denis Paris VIII et de l’Institut universitaire de France, a analysé la présence de Borges chez ses successeurs à travers la résurgence de la notion d’utopie, telle que la conçoit l’auteur argentin. La vie et l’œuvre de Borges laissant rarement indifférent, elles constituent un sujet de polémique et de revendications vives. C’est du moins ce qu’a tenté d’exposer Khalil Ibrahim Oukhadda de l’Université Moulay Ismaïl de Meknès, en s’attachant particulièrement au lien entre l’auteur argentin et un de ses successeurs latino-américains, Mario Vargas Llosa. Si ce dernier, en tant que lecteur, ne peut nier le poids considérable de l’œuvre de Borges sur la création d’une identité culturelle et littéraire latino-américaine, avec une ouverture inédite et pionnière sur le monde, il n’en demeure pas moins que les positions politiques de Borges restent souvent confuses et parfois contradictoires.

 

En ce sens, malgré les complaisances occasionnelles de Borges avec des dictatures de son temps, son engagement en faveur de la liberté et contre tout ce qui la menace n’est plus à prouver, mais seulement à souligner de nouveau. C’est à quoi s’est attelé l’un de ses lecteurs les plus attentifs, Daniel Balderston de l’Université de Pittsburgh, directeur du Borges Center et éditeur de la revue Variaciones Borges. Fruit d’un travail minutieux sur les écrits politiques de Borges et d’une analyse de manuscrits inédits, la communication de Balderston a mis en évidence la vision politique de l’auteur argentin, en particulier ses réactions face aux idéologies totalitaires, en particulier l’émergence du nazisme. À travers ces textes transparaît l’image d’un intellectuel opposé à tout dogme grégaire, proclamant « l’impossibilité mentale et morale du nazisme » et faisant feu de tout bois contre les doctrines collectivistes.

Les positions intellectuelles défendues et la ligne de conduite politique restent accessoires chez Borges, qui compare la politique au « taedium », la forme suprême de l’ennui, par opposition au plaisir et à l’exaltation que procure l’art, de quelque genre qu’il soit, même le plus improbable aux yeux de Borges, comme celui de la photographie et du cinéma. En effet, l’œuvre de Borges est le point de départ d’un art total et universel, que se partagent des artistes de tous les bords et du monde entier.

 

Abordant cette transgression des genres dans l’intertextualité borgésienne, Mariano Lopez, du Lycée Descartes de Rabat, a présenté à l’auditoire une communication articulée autour d’un manuscrit de Borges, qui devait servir de prologue à un album de photographies de Gustav Thorlichen. Demeuré inédit jusqu’à récemment, le prologue de Borges est aussi un essai portant sur le rôle social de la photographie et son lien avec la littérature et la philosophie. Cette ouverture sur les arts visuels fut également une invitation aux cinéastes. Ayant adapté un conte de Borges, le cinéaste italien Bernardo Bertolucci a investi la conception borgésienne de la trahison et du complot, tout en reprenant la stratégie narrative de l’auteur argentin. L’étude de l’adaptation de Bertolucci a permis à Bernadette Rey Mimoso-Ruiz de l’Institut Catholique de Toulouse d’intervenir à propos des modalités d’adaptation, occasion de porter une interrogation sur « la transposition du littéraire au filmique » que favorise l’écriture brève de Borges. D’ailleurs, l’adaptation au cinéma pose une problématique partagée avec le théâtre. à ce sujet, Victor Thimonier, de l’Université Paris Nanterre, a proposé d’investir une interrogation complexe : « comment mettre en scène Borges ? ». Étudiant de près des adaptations au théâtre des nouvelles, il a également mené une investigation sur la théâtralité même de certaines nouvelles, comme « l’Autre », où l’auteur met en scène sa dualité et interpelle le lecteur sur ce que Thimonier nomme « le rôle dramaturgique de la conception du sujet ». En dernier lieu, et selon une autre approche, Federico Favalli, compositeur italien et chercheur indépendant, a quant à lui développé une problématique inédite sur l’intertextualité musicale chez le compositeur d’Europe de l’Est György Ligeti. Grâce à cette association rare et inédite, Favalli identifie dans les compositions de Ligeti une « représentation sonique du labyrinthe », figure omniprésente chez Borges, qui l’a représentée thématiquement et narrativement dans ses œuvres.

 

En effet, le labyrinthe est matriciel dans l’œuvre de Borges, et encore davantage dans ses nouvelles. Qu’il soit spatial (dans un jardin, un désert ou des ruines), temporel ou métaphysique, le labyrinthe apparaît comme thème mais aussi comme modalité d’écriture, telle une allitération poétique. C’est précisément cette particularité qu’a traitée Mohamed Hichou, de l’École supérieure de Technologie de Meknès. Sur fond d’une lecture structurelle du Livre de sable (1975), Hichou interroge la notion d’infini chez Borges, hautement figurée par le livre de sable qui n’a ni début ni fin, révélant par là même l’entrecroisement du thème du labyrinthe avec ceux du miroir et du double. Conceptions omniprésentes qui interpellent chez Stella Pinot, agrégée de Lettres à l’Académie d’Aix-Marseille, un mode encore plus concret, celui d’un Borges « architecte de l’infini ». Architecte dans la mesure où ses nouvelles construisent des labyrinthes, des miroirs et des bibliothèques. Architecte aussi puisque Borges pose ses personnages, son lecteur et lui-même dans la situation de « l’inconcevable », qui interroge la notion de vérité dans sa complétude supposée. Ainsi, pour Mohssine Fathi, de l’Université Moulay Ismaïl, le désert est le haut lieu de l’infini et de l’indéfini chez Borges. Étant un lieu vide, et donc plus propice à être investi d’un questionnement sur l’identité, le désert dissout toute empreinte physique et ouvre la voie à l’infini et à l’éternité, comme le démontre la morale de la nouvelle « Les deux rois et les deux labyrinthes » (1939).

Dans cette nouvelle, ainsi que dans plusieurs autres, le thème du désert est souvent indice de l’omniprésence de l’Orient dans l’imaginaire borgésien. Dans ce sens, Hans Frex, de l’Université du Chili, a consacré une communication à « l’orientalisme » de l’auteur, en se fondant sur des personnages de nouvelles et plusieurs essais, en particulier celui d’Edward Saïd. Sans doute, l’orientalisme participe de cet universalisme de Borges. En débordant toute frontière et ne se reconnaissant aucune limite, le cosmopolitisme de l’auteur rend son héritage accessible aux écrivains de multiples géographies.

 

Plusieurs intervenants ont étudié le legs de Borges dans sa forme intertextuelle. D’abord, Juan Luis Roldán Romero, de l’AECID (Tunisie), s’est intéressé à la présence de l’univers borgésien chez l’écrivain péruvien Fernando Iwasaki Cauti, essentiellement pour tous les éléments de narration et d’imaginaire relatifs au genre fantastique.

Ensuite, Saloua El Oufir, de l’Université Mohamed V de Rabat, et Amina Achour, critique littéraire, ont étudié, selon deux approches différentes mais complémentaires, l’influence de Borges sur l’œuvre de l’écrivain marocain Abdelfattah Kilito, qui emprunte à Borges les caractéristiques de la fictionnalisation de l’essai et les orientations intertextuelles qui participent d’une vision universelle de la littérature. Pour ce qui est d’Abdellah Romli, de l’Université Ibn Tofaïl, et de Bernard Urbani, de l’Université d’Avignon, ils ont mis en lumière l’intertextualité borgésienne dans l’œuvre de l’écrivain Tahar Ben Jelloun, en particulier dans trois de ses romans : L’Enfant de sable (1985), La Nuit sacrée (1987) et L’Auberge des pauvres (1998). En effet, comme démontré par les quatre intervenants, l’influence de l’œuvre de Borges sur la littérature marocaine d’expression française est une clé de compréhension primordiale pour lire le tissu référentiel dans les œuvres de Ben Jelloun et Kilito.

Enfin, Mohamed Bernoussi, de l’Université Moulay Ismaïl, a identifié « l’amour des bibliothèques » comme point d’orgue à la présence de Borges dans l’œuvre d’Umberto Eco, en particulier dans Le Nom de la Rose (1980), roman dans lequel l’auteur italien présente un personnage inspiré de Borges et nommé Jorge de Burgos, farouche défenseur d’une bibliothèque labyrinthique. Analysant également la prédominance du livre chez Borges, Mourad Loudiyi, du CRMEF de Meknès, a attiré l’attention de l’auditoire sur la « figure et figuration du livre » chez l’auteur de « la Bibliothèque de Babel » (1941) qui construit toute une hiérarchie de valeurs qui place le livre au plus haut rang .

 

Par-delà le legs littéraire, lire Borges est également une question d’approche et de méthode. Car, face à la complexité de son œuvre et à l’érudition de ses écrits, le lecteur se retrouve à tout le moins dérouté ou complice du jeu de l’intertextualité borgésienne. En aval de ce plaisir procuré par la lecture de ses œuvres, il est aussi question des connaissances qu’elles véhiculent par cette fonction de mathesis si propre à son art. Parmi les intervenants ayant soulevé cette interrogation, Alejandra M. Salinas, de l’Université Nationale de Tres de Febrero (Argentine), a identifié une typologie des archétypes qui structurent la narration de Borges et qui sont comparables aux méthodologies des sciences sociales, et qui structurent la narration borgésienne. Par ailleurs, lire Borges revient à élucider les mystères d’un langage littéraire particulier, celui de la mémoire et de l’oubli, longuement abordé par l’éditeur et écrivain Santiago De Luca. Dans une autre approche, Pablo Martín Ruiz, de la Tufts University (Massachusetts, USA), a abordé le langage en lui-même comme thème dans l’œuvre de Borges, qui met en scène linguistes, traducteurs et philologues passionnés. Enfin, El Mostafa Chadli, de l’Université Mohamed V, a proposé une approche sémiotique de l’être et du paraître dans la nouvelle « Le sorcier ajourné » (1951).

 

Il est aussi un autre aspect passionnant dans l’œuvre de Borges et caractéristique de sa poétique. L’énumération, en effet, participe de la brièveté de ses œuvres et installe un effet fantastique saisissant dans nombre de ses nouvelles. S’étant intéressé à la question, Federico Calle Jorda, de l’Université Vincennes Saint-Denis Paris VIII, a consacré sa communication à une étude des mécanismes de l’énumération dans le prologue à L’or des tigres (1976).  Dans une autre perspective, Mohamed Semlali, de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, a prononcé une communication consacrée au « signe univers » qui légitime la création intertextuelle universelle chez Borges, et dont une des représentations les plus saisissantes sont les objets borgésiens symbolisant l’infini : d’abord l’Aleph, un objet mystérieux contenant tout l’univers, ensuite le Zahir, une pièce de monnaie qui détourne de la réalité et obsède son détenteur. Au sujet de la nouvelle intitulée « Le Zahir » (1974), Touria Oulehri, du CRMEF de Fès, a choisi d’étudier le mystère entourant Teodolina Villar, « un des rares personnages féminins de Borges ». Enfin, une approche philosophique de la pensée de Borges a été proposée par Serguei Panov, du MISIS de Moscou. La communication, intitulée « Borges et la figure auctoriale : fiction d’une fiction, projet d’une réduction, langage aspectuel », a exploré la représentation de l’auteur au sein de la littérature, puisque Borges interroge le sens de la littérature et ouvre la voie à ce que Panov a nommé « le roman postphénoménologique », duquel l’œuvre de Borges fut la première illustration.

 

Ces différentes interventions, ainsi articulées, nous présentent un Borges à la fois attrayant et insaisissable, posant par la même occasion une problématique fondamentale : comment est-il possible d’enseigner Borges à l’université ? Ayant enseigné Borges au Maroc, à la suite d’une thèse de doctorat portant sur son œuvre, Zohra Lhioui, de l’Université Moulay Ismaïl, a apporté des éléments de réponse quant aux difficultés que pose l’enseignement d’une œuvre complexe, d’un auteur dont l’érudition peut être un supplice pour tout étudiant non initié. Toutefois, le pouvoir de séduction de l’œuvre de Borges, et en particulier de ses nouvelles, ne peut laisser indifférent, d’autant que son intertextualité enrichissante est aussi une initiation à la littérature mondiale et aux chefs-d’œuvre universels. Partageant cette expérience, Abdellatif Limami, de l’Université Mohamed V, a complété la communication de Zohra Lhioui en menant une réflexion sur la recherche scientifique et académique autour de l’œuvre de Borges. Passant en revue les mémoires de fin d’études et thèses de doctorat portant sur Borges au sein des différents départements d’études hispaniques au Maroc, Limami a souligné une certaine négligence envers les œuvres de l’auteur argentin, en comparaison avec celles des autres figures importantes du boom littéraire latino-américain, essentiellement en raison du caractère érudit et intertextuel des nouvelles, des poèmes et des essais de Borges.

 

En somme, la tenue du colloque international Le legs de Borges à travers le monde : lecteurs et lectures vient conforter la position privilégiée de l’auteur argentin dans le paysage culturel et académique du Maroc. En faisant découvrir, ou redécouvrir, l’œuvre de Borges aux étudiants venus nombreux assister au colloque, les organisateurs et les participants ont fait le pari de battre en brèche les appréhensions concernant une œuvre-monde qui n’en a pas fini de passionner ses lecteurs à travers le monde et dont on croise l’esprit fantastique et attrayant au hasard d’une lecture.

Auteur

Khalil Ibrahim Oukhadda est doctorant chercheur en littérature à l’Université Moulay Ismaïl de Meknès, sous la direction de la Professeur Zohra Lhioui. Titulaire d’une bourse d’excellence de recherche du CNRST, il est l'auteur de deux articles : « Fictions de l’érotisme dans Les Cahiers de don Rigoberto » (2019) et « L’intellectuel entre silence et engagement : Albert Camus à Stockholm » (2018), ainsi que de deux communications : « L’intellectuel démissionnaire dans Les Chiens de garde de Paul Nizan » (2018) et « Mario Vargas Llosa lecteur Jorge Luis Borges » (2019). Il prépare depuis 2018 une thèse de doctorat sur la postmodernité dans l’œuvre romanesque de Mario Vargas Llosa. Il a été également membre du comité d’organisation du colloque international : Le Legs de Borges à travers le monde : lecteurs et lectures.

Pour citer cet article

Khalil Ibrahim Oukhadda, Colloque « Jorge Luis Borges à travers le monde : lecteurs et lectures », ©2021 Quaderna, mis en ligne le 10 mai 2021, url permanente : https://quaderna.org/colloque-jorge-luis-borges-a-travers-le-monde-lecteurs-et-lectures/

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