Aux origines d’un modèle interprétatif

Il lungo viaggio de Ruggero Zangrandi et ses premiers critiques (1948-1949)

Abstract

En 1947, Ruggero Zangrandi raconte dans Il lungo viaggio le passage à l'antifascisme des jeunes intellectuels fascistes de sa génération. Pourquoi les thèses défendues dans ce volume autobiographique ont-elles eu, pendant plus de quatre décennies, autant de succès auprès des historiens et de l'opinion italienne ? Deux explications sont les plus plausibles. La première est que d'influents dirigeants politiques et intellectuels engagés ont tout de suite réservé un accueil favorable à Il lungo viaggio. La deuxième est que l'interprétation de Zangrandi a le pouvoir de soulager les Italiens du poids historique et moral qu'exerçait sur eux le soutien accordé au fascisme.

Résumé

Nel 1947, Ruggero Zangrandi racconta nel Lungo viaggio il passaggio all'antifascismo dei giovani intellettuali fascisti appartenenti alla sua generazione. Perché le tesi sostenute in questo volume autobiografico hanno avuto, per oltre quattro decenni, tanto successo presso gli storici e l'opinione pubblica italiana? Due sono le spiegazioni più plausibili. La prima è che influenti dirigenti politici e intellettuali engagés hanno recensito favorevolmente Il lungo viaggio subito dopo la sua pubblicazione. La seconda è che l'interpretazione proposta da Zangrandi riesce ad alleviare il peso storico e morale esercitato sugli Italiani dal sostegno che molti di loro avevano dato al fascismo.

Texte intégral

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Ruggero Zangrandi a été l’un des plus importants journalistes communistes italiens entre le milieu des années 1940 et le début des années 1970 1 . Son livre le plus connu, mais aussi le plus controversé, s’intitule Il lungo viaggio 2 . Dans cet ouvrage, dont la première édition paraît à la fin de 1947, même si la date officielle de publication est 1948 3 , Zangrandi, qui est membre du PCI (Parti communiste italien) au moment où il écrit Il lungo viaggio, évoque les raisons pour lesquelles, pendant sa jeunesse (il est né en 1915), il a été fasciste.

Il affirme avoir fait un « long voyage » à travers le fascisme, avec les autres jeunes intellectuels de sa génération. En ayant recours à cette expression, Zangrandi, qui estime que son récit peut rendre compte non seulement de son parcours politique pendant le ventennio fasciste, mais également de celui de la plupart des jeunes gens appartenant à la même génération que lui, explique que la jeunesse intellectuelle des années 1930 a commencé à se détacher du fascisme dès le milieu de cette décennie-là. Il souligne le fait que ses amis et les autres jeunes du même âge ont adopté très tôt une position « frondeuse » et dissidente au sein du régime mussolinien et que leur attitude rebelle et contestataire a abouti, tout naturellement, à leur adhésion à l’antifascisme.

Zangrandi met ainsi en évidence que les membres de sa génération n’ont pas rompu avec le fascisme de façon soudaine en raison de la tournure néfaste qu’avait prise pour l’Italie le second conflit mondial. Au contraire, leur éloignement du régime fasciste aurait débuté dès l’époque de la guerre coloniale menée par le gouvernement italien en Afrique orientale (1935-1936). Toujours selon Zangrandi, cette attitude « frondeuse » au sein du fascisme et cette prise de distance très précoce, loin de concerner une petite minorité de jeunes intellectuels, ont touché l’ensemble de ceux qui avaient accordé leur soutien au régime mussolinien 4 .

Dans Il lungo viaggio, Zangrandi défend également la thèse de la solitude ayant caractérisé la jeunesse intellectuelle des années 1930, de son isolement culturel imposé par le régime et des illusions dans lesquelles elle a été contrainte de baigner à cause de la propagande fasciste 5 .

Entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 1990, ces thèses ont été reprises dans les ouvrages de différents historiens italiens, qui ont considéré le récit de Zangrandi comme une source historique fiable et, d’une certaine façon, incontournable, dans le cadre des recherches qu’ils ont menées 6 . En d’autres termes, le livre de Zangrandi a été utilisé comme source par des spécialistes du fascisme et de la littérature de l’entre-deux-guerres, qui souhaitaient comprendre l’attitude de la jeunesse intellectuelle pendant le ventennio et l’évolution qui l’avait amenée à rompre avec le régime et à s’engager dans les rangs de l’antifascisme. Dans la plupart des cas, ces chercheurs ont accepté les thèses défendues par Zangrandi sans les discuter et en leur accordant ainsi un crédit que des analyses plus récentes et moins « empathiques » à l’égard de cet auteur, ont révélé être excessif.

En effet, jusqu’à une époque très récente, aucune étude n’avait été consacrée à Il lungo viaggio ayant pour but de l’analyser en tenant compte aussi bien des objectifs poursuivis par Zangrandi que du contexte historique et politique dans lequel cet ouvrage avait été rédigé et publié. Un changement de perspective considérable n’a lieu que dans la seconde moitié des années 2000 grâce aux travaux de deux historiens, Luca La Rovere et Simone Duranti, qui conduisent leur étude selon une approche historiographique très différente de celle jusqu’alors suivie par la plupart des spécialistes de la jeunesse intellectuelle fasciste 7 .

En quoi l’analyse de La Rovere et Duranti est-elle innovatrice ? L’un et l’autre adoptent une posture critique à l’égard des ouvrages autobiographiques dont Zangrandi et d’autres intellectuels qui sont d’abord fascistes et, ensuite, communistes 8 , sont les auteurs. Ils mettent en exergue les limites de l’approche purement subjective, psychologique et morale que ceux-ci utilisent quand ils abordent la question du soutien au régime accordé par la jeunesse intellectuelle.

Les deux historiens affirment que la lecture de Il lungo viaggio et d’autres autobiographies politiques révèle que leurs auteurs subordonnent systématiquement « les faits aux intentions ». De cette façon, ils vident

 

les actions concrètes qu’ils ont accomplies à cette époque-là [sous le fascisme] (écrire un article, accepter une mission etc.) de leur signification historique, pour amener le lecteur dans la zone, impénétrable et située au-delà de toute possibilité de vérification empirique, qui est celle de la psychologie et de la conscience individuelle 9 .

 

Il existe une autre raison pour laquelle la réflexion que La Rovere et Duranti consacrent à ces ouvrages autobiographiques marque une discontinuité historiographique. Les deux chercheurs soulignent la nécessité de tenir toujours compte du climat politique et culturel dans lequel voient le jour ces livres 10 . Notamment, La Rovere met en évidence l’influence que le PCI exerce sur la façon qu’ont ces auteurs d’évoquer leur passé « en chemise noire », influence que l’on peut mieux comprendre si l’on considère que, quand ils écrivent leurs autobiographies politiques, ils sont déjà communistes. La Rovere insiste sur le fait que l’interprétation, véhiculée par ces ouvrages autobiographiques, des rapports que la jeunesse intellectuelle a entretenus avec le fascisme, coïncide avec celle que le Parti communiste préconise dans le cadre de la compétition politique et électorale qui se déroule en Italie après la fin de la seconde guerre mondiale 11 .

La réflexion que mènent La Rovere et Duranti apparaît convaincante car les deux historiens refusent d’accepter passivement le récit de Zangrandi et des autres intellectuels ex-fascistes et essaient de comprendre les raisons politiques et personnelles qui guident ou influencent la façon dont ces auteurs présentent les relations qu’ils ont nouées avec le régime mussolinien.

 

Pourquoi l’interprétation du « voyage à travers le fascisme » donnée par Zangrandi a-t-elle eu un si grand succès ? Pourquoi a-t-elle résisté si longtemps ? Quand a-t-elle commencé à se répandre et à s’imposer auprès des historiens et de l’opinion italienne ? Ce sont les principales questions auxquelles nous tenterons de répondre dans cet article. Pour ce faire, nous reconstruirons la façon dont la presse italienne a accueilli Il lungo viaggio quand celui-ci a été publié en 1947. Ce travail est possible car l’éditeur Einaudi a conservé, dans ses archives, les comptes rendus parus à sa sortie 12 . Nous sommes conscients du fait que les questions que nous posons ici touchent à des problèmes historiques de fond dans l’Italie du second après-guerre tels que la sortie du conflit, la place du PCI dans ce pays et la transition du régime fasciste à la République antifasciste. C’est pourquoi nous allons présenter quelques aspects du contexte historique et politique dans lequel paraissent ces comptes rendus. Cette contextualisation est d’autant plus opportune qu’elle répond à une exigence dont la « nouvelle historiographie » de Il lungo viaggio (La Rovere et Duranti) a montré le caractère incontournable. Nous tenons cependant à préciser que notre objectif n’est pas d’aborder ces problèmes de fond, déjà largement explorés et étudiés par nombre d’historiens. Notre propos est à la fois plus modeste et plus précis : nous allons tenter d’éclairer les origines d’un modèle interprétatif utilisé pendant des décennies pour rendre compte du passage du fascisme à l’antifascisme de la jeunesse intellectuelle qui avait porté la « chemise noire ». C’est dans cette tentative de comprendre comment a été forgée cette grille de lecture et pourquoi elle a eu autant de succès que réside l’originalité du présent article.

Les comptes rendus que nous allons analyser ont tous été publiés entre janvier 1948 et août 1949, mais la plupart d’entre eux (11 sur 14) paraissent avant le 18 avril 1948. Cette date marque un véritable tournant dans l’histoire italienne du vingtième siècle car se déroulent, sur fond de guerre froide, des élections législatives marquées aussi bien par une lutte idéologique très intense voire violente entre les partis politiques que par la perception, largement répandue auprès de l’opinion de l’époque, de leur caractère décisif pour l’avenir du pays.

Les principaux adversaires sont la DC (Démocratie chrétienne) et le FDP (Front démocratique populaire). La DC est un parti modéré qui, au moment des élections, est au gouvernement avec le PSLI (Parti socialiste des travailleurs italiens), le PRI (Parti républicain italien) et le PLI (Parti libéral italien) et peut compter sur le soutien des États-Unis et de l’Église catholique. Le FDP est une coalition électorale comprenant le PCI et le PSI (Parti socialiste italien). La DC refuse que l’on banalise l’issue de ce scrutin en le présentant aux électeurs comme un simple moyen de décider de la composition du Parlement italien. Selon les dirigeants et les militants de la DC, ces élections sont un choix dramatique et essentiel entre le communisme, qui engendrerait la misère et la dictature, et l’Occident capitaliste, qui garantirait la liberté et la possibilité d’avoir un niveau de vie satisfaisant. Les partis de gauche rassemblés dans le FDP, quant à eux, s’adressent aux Italiens en soulignant que l’anticommunisme incarné et prôné par la DC et ses alliés n’a pour objectif que de défendre le capitalisme, c’est-à-dire un système qui opprime les pauvres et qui perpétue une injustice sociale inacceptable et insupportable 13 . Il convient donc de lire les comptes rendus du livre de Zangrandi en tenant compte du fait que la plupart d’entre eux (9 sur 14) sont publiés dans des journaux appartenant à la presse politique, c’est-à-dire dans des organes, officiels ou officieux, de partis participant aux élections du 18 avril 1948.

Dans le cadre de cette lutte électorale et politique si cruciale et si acerbe, le Parti communiste italien décide de mettre en œuvre une stratégie fondée sur une vision de « réconciliation » nationale et dont les origines datent du milieu des années 1930. Cette stratégie a pour buts d’attirer d’anciens fascistes et de faire en sorte que ceux-ci s’inscrivent au PCI ou, du moins, votent pour ce parti le 18 avril 14 . Comment expliquer l’attirance que le Parti communiste italien est capable d’exercer sur les ex-fascistes dans la deuxième moitié des années 1940 ? Principalement par son pouvoir « rédempteur » et « purificateur » : le Parti communiste italien fonde sa grande autorité – qui est à la fois politique et morale et qui lui permet d’effacer ou de faire oublier les « péchés » de ceux qui ont soutenu le régime mussolinien – sur sa capacité à faire valoir et à exalter les mérites acquis grâce à la lutte que ses militants et dirigeants ont menée contre le fascisme 15 .

Évidemment, pour célébrer ses vertus antifascistes et pour s’en servir dans ses combats politiques, le Parti communiste évoque très souvent sa participation à la résistance armée, qui joue un rôle crucial dans la définition de la légitimité et de l’identité même de ce parti et sur laquelle le PCI s’appuie autant qu’il peut pour tenter d’affirmer sa supériorité morale par rapport aux autres partis 16 . Le PCI affiche également son rapport privilégié avec l’URSS de Staline qui, pendant la seconde guerre mondiale, a payé un prix très élevé (le sang de ses millions de soldats combattant dans l’Armée rouge) pour que les armées nazi-fascistes soient battues. Cela donne au Parti communiste italien la capacité de restituer aux anciens fascistes une pleine légitimité, dont ils peuvent se servir pour poursuivre leurs combats politiques. Pour ce faire, ceux-ci sont tenus de respecter une seule condition : leurs combats doivent se dérouler « au nom et pour le compte » du PCI qui, ayant la résistance armée contre les fascistes (et les nazis) dans son « code génétique » 17 , est le meilleur garant de la sincérité de la « conversion » à l’antifascisme des ex-fascistes.

 

Une première analyse des critiques de Il lungo viaggio met déjà en évidence quelques éléments utiles pour comprendre les réactions suscitées par ce livre. Le fait que les comptes rendus soient si nombreux montre d’emblée l’intérêt suscité par l’ouvrage du journaliste communiste. Ils sont publiés dans différents types de journaux, appartenant à la presse locale, surtout septentrionale, dite « d’information » 18 , mais aussi à la presse politique nationale et locale, qui est l’expression de presque toutes les sensibilités, sauf celle de la droite néo-fasciste, monarchiste et « qualunquista » 19 . Parmi les auteurs de ces comptes rendus, plus de la moitié (8 sur 14) 20 disent clairement ou laissent entendre – particulièrement par l’emploi répété de la première personne du pluriel, qu’ils utilisent pour signifier qu’ils ont vécu les mêmes expériences que Zangrandi – qu’ils appartiennent à la génération de ce dernier. Dans quelques cas, ils précisent qu’ils l’ont connu et fréquenté pendant les années 1930.

Nous commencerons par analyser les cinq articles exprimant une position critique vis-à-vis du contenu du livre de Zangrandi et terminerons par ceux qui, au contraire, montrent que leurs auteurs sont d’accord avec le journaliste communiste.

Le jugement le plus dur sur Il lungo viaggio est celui porté en février 1948 par l’écrivain Carlo Cassola 21 qui, dans Il mattino dell’Italia centrale, quotidien florentin contrôlé par la DC, tout en reconnaissant que le livre de Zangrandi « est peut-être le document le plus vaste et le plus intéressant qui a vu le jour jusqu’à présent sur le phénomène de ce que l’on appelle le « fascisme de gauche » », démolit les deux thèses principales qui, d’après lui, y sont défendues : « 1) qu’il était inévitable pour un jeune qui s’était formé pendant le régime fasciste de faire ses premiers pas dans l’orbite du fascisme lui-même ; 2) que cette expérience active du fascisme […] était même profitable et nécessaire. »

Selon Cassola, qui pour donner encore plus de crédibilité à ses propos, rappelle qu’il a été lui-aussi un « fasciste de gauche » et qu’il a été membre, jusqu’en 1936, du groupe dont Zangrandi était le leader, il est totalement erroné de laisser croire que l’« appartenance au groupe Zangrandi » était une « phase inévitable et nécessaire » dans l’évolution vers l’antifascisme.

Un autre témoin des événements relatés dans Il lungo viaggio est Emanuele Farneti, qui publie en janvier 1948 un compte rendu de cet ouvrage 22 dans Risorgimento liberale, quotidien du PLI. Farneti reconnaît que Il lungo viaggio peut être considéré comme une « contribution à l’histoire d’une génération ». Toutefois, sa lecture de ce livre, qui est éclairée par ses « souvenirs personnels », l’amène à formuler deux remarques fortement négatives.

En premier lieu, l’activité de dissidence, que l’on ne peut pas qualifier d’antifasciste, organisée par Zangrandi pendant le ventennio, a été stérile car elle a disparu « sans laisser de trace, comme le brouillard ». En deuxième lieu, quand Zangrandi prend conscience de l’insuffisance de l’une des idées qui l’ont guidé pendant son militantisme fasciste, celle selon laquelle « l’important [était] quand même d’agir », il se met à la recherche d’« un point de doctrine », qu’il trouve enfin « dans la dogmatique du communisme, comme cela est arrivé à tant d’autres qui, comme lui, n’avaient pas envie de penser ».

Giuseppe Melis Bassu, quant à lui, publie au mois de mars 1948 dans un journal de Sassari, un compte rendu 23 dont les remarques sont beaucoup moins catégoriques que celles de Cassola et Farneti. Après avoir affirmé explicitement qu’il faisait partie de la même génération que Zangrandi, Melis Bassu attire l’attention des lecteurs sur deux faiblesses de l’ouvrage de ce dernier, qui pourtant « arrive très bien à nous dire comment lui et ses camarades d’idées sont devenus antifascistes, subversifs et même communistes ». Tout d’abord, l’auteur de Il lungo viaggio n’explique pas du tout les modalités et les raisons de l’adhésion au fascisme des membres de son groupe. Ensuite, le livre de Zangrandi ne se révèle pas utile pour clarifier l’« évolution politique de toute la jeunesse italienne du ventennio », mais seulement d’une partie de celle-ci.

Antonio Meocci porte aussi un regard critique sur le livre de Zangrandi dans le compte rendu que l’Unità, le quotidien du PCI, publie en juillet 1948 24 . Certes, Meocci, qui affirme d’emblée son appartenance à la même génération, « si malheureuse et si compliquée », que Zangrandi, reconnaît quelques mérites à Il lungo viaggio : « la clarté » et sa nature documentaire. Mais Meocci en souligne également avec force les défauts, qui dépassent largement, dans l’appréciation du journaliste de l’Unità, les qualités. Voici donc les principales critiques que Meocci adresse aux idées exprimées dans ce livre : 1) il n’est pas vrai que, pendant le ventennio, le « groupe » de Zangrandi a été « le seul à bouger de façon sérieuse et solide dans le sous-sol » de la politique italienne ; 2) la plus grave erreur politique que Zangrandi et ses camarades ont commise a été « de ne pas avoir compris que, pour pouvoir combattre de manière conséquente le fascisme, il fallait avoir coupé tous les ponts idéologiques avec celui-ci ». Cette erreur politique a amené Zangrandi à sous-estimer l’importance de l’« “étude idéologiqueˮ » qui, pourtant, « était une arme essentielle » pour lutter efficacement contre le fascisme.

Le fait que le quotidien du Parti communiste, l’Unità, manifeste son désaccord avec les thèses défendues par Zangrandi dans son livre, montre qu’au sein du PCI, les réactions suscitées par Il lungo viaggio ne sont pas unanimes. En effet, comme nous le verrons ci-après, un article paru dans la revue de la jeunesse communiste et plus encore, un article du secrétaire général du PCI, Palmiro Togliatti, publié dans Rinascita, la très importante revue politico-culturelle du communisme italien, donnent une évaluation positive de l’ouvrage de Zangrandi, et soulignent la justesse des thèses qui y sont défendues.

Le dernier des comptes rendus exprimant une position en désaccord avec celle de Zangrandi est publié au mois d’octobre 1948 dans Cronache sociali, qui est la revue de l’« aile gauche » de la DC 25 . Contrairement à Zangrandi, qui insiste sur la solitude des jeunes face au soutien sans faille accordé par les adultes au fascisme, l’anonyme auteur de ce compte rendu affirme que la souffrance spirituelle qui suscite chez ces jeunes les premières critiques à l’égard de la doctrine fasciste « n’est pas une conquête personnelle à laquelle on puisse attribuer un mérite spécifique », car le fascisme « n’avait pu modifier la mentalité de la génération précédente et donc immuniser complètement la nouvelle ». Cronache sociali met ainsi en évidence que les jeunes n’arrivent pas à l’antifascisme à travers un parcours autonome, mais grâce à l’éducation qui leur est transmise par les générations précédentes restées à l’abri de l’influence fasciste.

 

Concernant les comptes rendus donnant une évaluation positive de Il lungo viaggio, il convient de commencer par celui qu’a rédigé Togliatti 26 . Cet article est publié en janvier 1948, c’est-à-dire tout de suite après la parution du livre de Zangrandi. Il assume une position éminente par rapport aux autres comptes rendus favorables aux thèses défendues par le journaliste communiste du fait de l’importance et de la notoriété de son auteur.

Togliatti explicite d’emblée son avis sur Il lungo viaggio, qui lui semble le livre « le plus intéressant et le plus utile parmi ceux qui ont été écrits jusqu’à présent au sujet de la crise que la jeune génération italienne a traversée après 1930 ». Certes, le leader communiste admet que Zangrandi exagère quand il soutient « que l’histoire qu’il raconte [est] celle de toute une génération », mais ce volume est important parce qu’il « contient sans aucun doute le plus grand nombre de moments caractéristiques de l’évolution idéale et politique d’une génération toute entière ».

Après avoir expliqué les raisons de l’intérêt qu’il porte à Il lungo viaggio, Togliatti commence tout de suite par exprimer sa bienveillance et son indulgence à l’égard de Zangrandi et des autres jeunes qui ont vécu les mêmes expériences. Selon le chef du communisme italien, il faut adopter une attitude compréhensive envers les jeunes comme Zangrandi car ils n’étaient ni « sceptiques » ni « corrompus » ni « désabusés ». Au contraire, la substance de leurs esprits était faite « de cohérence et d’intransigeance », ce qui les met dans une position bien différente de celle des dignitaires du fascisme, qui s’agitaient vainement « autour des postes officiels de direction du parti et de l’État ». Togliatti montre ainsi qu’il est d’accord avec l’un des arguments les plus utilisés par Zangrandi dans le but d’expliquer et de « justifier » son parcours, celui de sa « bonne foi » et des raisons purement idéales de son adhésion au fascisme.

Le secrétaire général du PCI cite un autre argument souvent présenté dans Il lungo viaggio, celui de la fausse image que le régime donne de lui pour tromper les jeunes. En effet, ceux-ci arrivent à saisir « l’hypocrisie dans les paroles et dans les gestes » du fascisme, ce qui suscite chez eux « le besoin de s’organiser entre eux clandestinement » pour se rebeller contre le régime. Ces jeunes sont donc « par instinct en révolte » contre la société encadrée par le fascisme.

Togliatti se montre persuadé que la sensation qu’il existait une distance énorme entre eux, les communistes, et « une masse considérable de jeunes fascistes » était due « en grande partie à un malentendu » car les uns et les autres voulaient se rebeller contre le fascisme.

Le secrétaire communiste avoue même se sentir ému car la lecture de Il lungo viaggio lui a appris que « Zangrandi, pour faire son travail de prosélytisme et de liaison, [devait] faire face aux mêmes difficultés, et qu’il [affrontait] et [résolvait] avec des méthodes analogues les mêmes problèmes qui se présentaient à nos organisateurs de cellules et liaisons clandestines ». Togliatti reconnaît que la façon d’agir à laquelle l’organisation du pouvoir fasciste a obligé Zangrandi et ses camarades a été très proche de celle adoptée par les antifascistes « attitrés » du Parti communiste.

Il termine son compte rendu par deux considérations. Tout d’abord, il fait son autocritique en reconnaissant que « cette jeunesse n’a pas trouvé d’aides sur son chemin » et que les communistes en sont restés loin « par sectarisme ». On trouve, bien sûr, une trace de cet argument dans l’ouvrage de Zangrandi, qui se réfère souvent à sa solitude face au conformisme profasciste des adultes et des intellectuels. Ensuite, et pour conclure, Togliatti s’adresse aux démocrates, aux socialistes et aux communistes en leur demandant de s’engager dans la « conquête de la jeunesse qui fut, par conviction, fasciste ». Pour que cette conquête aboutisse, il faut, selon le leader du PCI, faire l’effort de « comprendre la réalité ».

Le compte rendu de Togliatti, qui apparaît donc comme un défenseur et un soutien très déterminé et vigoureux du livre de Zangrandi, se termine par cet appel à travailler pour attirer les jeunes fascistes et à se laisser guider dans son action par le réalisme.

Avant de poursuivre notre analyse des articles parus à l’occasion de la sortie de Il lungo viaggio, il est opportun d’expliquer la différence d’attitude à l’égard de ce livre entre Togliatti et le quotidien du parti qu’il dirige, l’Unità. Pourquoi le compte rendu publié en janvier 1948 par le secrétaire général du PCI est-il si élogieux envers le volume de Zangrandi alors que l’article de Meocci paru en juillet 1948 dans le quotidien communiste le critique ouvertement ? Deux explications sont les plus plausibles. En premier lieu, l’article de Togliatti est publié quelques semaines avant les élections du 18 avril 1948. À cette époque-là, le PCI mène une campagne pour gagner le scrutin et utilise la plume de son dirigeant le plus écouté et charismatique pour tenter de conquérir le vote des anciens fascistes à travers un compte rendu dans lequel le leader communiste se montre très compréhensif, empathique et ouvert à l’égard de ceux qui ont soutenu le régime mussolinien. Le contexte politique n’est plus le même en juillet 1948 : les élections législatives s’étant déjà déroulées et ayant eu une issue défavorable au PCI, la politique d’accueil et d’intégration envers les ex-fascistes occupe forcément une place moins importante au sein de ce parti et sa mise en œuvre apparaît moins urgente. Les opposants à cette politique profitent de la situation pour s’exprimer de façon plus libre et au grand jour.

En effet – nous abordons ici la deuxième explication – la ligne politique à suivre avec les anciens fascistes ne fait pas l’unanimité au sein du Parti communiste. Notamment, le dialogue avec ceux qui ont porté la « chemise noire » est refusé par les soutiens du vice-secrétaire général, Pietro Secchia 27 , et par tous ceux qui se méfient de l’ex-fasciste Zangrandi, persuadés que celui-ci n’a pas l’autorité morale pour donner des leçons d’antifascisme à qui que ce soit et convaincus que l’auteur de Il lungo viaggio a écrit ce livre par opportunisme 28 . Évidemment, les critiques de la politique d’ouverture envers les anciens fascistes saisissent l’occasion de la défaite aux élections d’avril 1948 pour manifester publiquement leur désaccord par le biais de l’article de Meocci, qui vise à discréditer les principales thèses défendues dans Il lungo viaggio.

Continuons notre analyse, en focalisant maintenant notre attention sur trois autres comptes rendus, publiés entre janvier et mars 1948, qui sont parfaitement cohérents avec l’avis formulé par Togliatti à la sortie du livre de Zangrandi. Leurs auteurs reprennent les principales idées contenues dans Il lungo viaggio, avec lesquelles ils se disent entièrement d’accord. Il s’agit de Luigi Pestalozza, qui écrit son article pour un journal de Ferrare 29 , de l’auteur anonyme d’un compte rendu paru dans Terra nostra, hebdomadaire socialiste publié à Mantoue 30 et d’un autre auteur anonyme, appartenant lui aussi à la même génération que Zangrandi et ayant accompli un parcours semblable, qui publie un article dans Il proletario 31 .

Pour conclure l’analyse des comptes rendus exprimant une position totalement en phase avec celles de Zangrandi et de Togliatti, il ne nous reste qu’à citer un dernier article 32 . Celui-ci est publié en août 1949, c’est-à-dire plus d’un an et demi après la sortie de Il lungo viaggio, ce qui prouve que le débat suscité par ce volume ne s’est pas épuisé dans les semaines qui ont suivi sa parution.

Ce compte rendu, qui apparaît dans Gioventù nuova, la revue de la FGCI (Fédération de la jeunesse communiste italienne) et dont l’auteur, Massimo Roppi, laisse entendre qu’il appartient à la même génération que Zangrandi, a pour objectif de présenter un ouvrage que l’on considère comme une « anticipation » d’une enquête que le journal souhaite proposer à ses lecteurs. La revue Gioventù nuova annonce qu’elle publiera, dans les numéros suivants, des « autobiographies critiques de jeunes » qui expliquent comment ils sont arrivés au communisme. La rédaction de la revue choisira ces témoignages suivant un critère essentiel, qui n’est pas celui de « la recherche du caractère particulier ou aventureux d’un cas, mais, au contraire, celui de son caractère emblématique, de sa capacité à représenter et interpréter le plus grand nombre d’expériences » 33 . La recherche de ces témoignages « emblématiques » confirme l’intérêt que le PCI ou, du moins, la plupart de son élite dirigeante, porte à la jeunesse qui a été ou qui est encore fasciste, intérêt qui continue à se manifester bien au-delà de l’échéance électorale de 1948 et, plus précisément, jusqu’au début des années 1950 34 .

 

Parmi les comptes rendus favorables aux thèses de Zangrandi, il en existe quatre qui expriment une position plus nuancée. S’il est vrai que, sur le fond, leurs auteurs sont d’accord avec le journaliste communiste, il est aussi vrai qu’ils n’hésitent pas à mettre en évidence quelques points de désaccord avec celui-ci. Le plus connu de ces auteurs est Franco Fortini (pseudonyme de Franco Lattes), poète et écrivain, qui publie son compte rendu dans le quotidien socialiste Sempre Avanti ! en janvier 1948 35 .

Fortini adresse une critique à Il lungo viaggio, qui « ne satisfait pas trop nos exigences, car il limite son champ visuel à un milieu assez circonscrit », tout en lui reconnaissant d’importantes qualités. La publication de ce volume s’est révélée opportune car ce type d’ouvrage est indispensable pour pouvoir enfin écrire l’histoire de ce qu’il appelle la « génération du milieu », à laquelle lui aussi appartient 36  ; c’est pourquoi la lecture de Il lungo viaggio est « très utile ». Mais le « grand mérite » qu’a, selon Fortini, le livre de Zangrandi est « celui de nous rappeler, trois ans après le fin du fascisme, l’équivoque dans laquelle sont tombés tous les partis » italiens, qui ont fait leur retour à la vie politique sans avoir rénové leur structure et, surtout, « sans avoir suffisamment tenu compte de la nouveauté de l’expérience vécue par les générations les plus jeunes ».

L’article de Fortini est largement cité par Giuseppe Bevilacqua dans son compte rendu publié en février 1948 dans le quotidien Il corriere del popolo 37 . Si Bevilacqua exprime lui aussi un peu de déception à l’égard du livre de Zangrandi, qu’on aurait « préféré moins narratif et plus exégétique », il se montre pleinement d’accord avec ce dernier en soulignant que l’accusation, lancée par les jeunes du ventennio à leurs pères, « de s’être repliés dans le silence » et de les avoir ainsi laissés sans guide au sein d’une dictature, « est fondée, elle n’est pas arbitraire ».

Dans les pages de L’Umanità, quotidien du PSLI, Paolo Murialdi se réfère en janvier 1948 au compte rendu de Fortini, qu’il définit comme un « ami » ayant commenté Il lungo viaggio « avec passion et sincérité » 38 . Murialdi, qui utilise souvent la première personne du pluriel quand il évoque l’évolution politique des jeunes sous le fascisme 39 , est d’accord avec l’analyse de Zangrandi, en particulier en ce qui concerne le conformisme ambiant pendant le ventennio.

Il lungo viaggio suscite également l’intérêt de Fronte democratico, un journal né comme organe du CLN (Comité de libération nationale) 40 dans la ville de Crémone. Ce quotidien publie en janvier 1948 un article signé par Vittorio Denti, qui met en évidence, à la fois, les limites de l’analyse de Zangrandi (« Probablement, le sens du « long voyage » n’est vraiment clair à son auteur que dans son déroulement extérieur ; et cela explique la concision des références idéologiques » qui y sont contenues) et la justesse du « diagnostic initial » formulé par le journaliste communiste. Denti partage l’opinion de ce dernier selon laquelle la jeunesse italienne n’a été ni persécutée ni opprimée par le fascisme. Toutefois, celui-ci l’a « faite grandir dans l’obscurité » et dans une atmosphère « artificieuse et trompeuse », empêchant les membres de la génération de Zangrandi de saisir le vrai visage du régime 41 .

 

L’analyse, que nous venons de mener, de la façon dont Il lungo viaggio a été accueilli par la presse italienne à sa parution, nous permet de comprendre que c’est à la fin des années 1940 que commence à se former un modèle interprétatif très résistant. En d’autres termes, le débat politique et intellectuel suscité par la publication du volume de Zangrandi contribue largement au succès d’une interprétation du « long voyage » du fascisme au communisme, qui ne fera l’objet d’aucune véritable analyse critique pendant un demi-siècle. La plupart des comptes rendus publiés en 1948 et 1949 montrent que leurs auteurs sont d’accord avec la manière dont Zangrandi reconstruit dans son livre le parcours politique de toute une génération. C’est à ce moment-là que les thèses soutenues dans Il lungo viaggio sont publiquement reconnues comme étant crédibles et commencent à se répandre auprès de l’opinion italienne, mais également auprès des spécialistes de la jeunesse intellectuelle sous le fascisme. Pourquoi ces thèses ont-elles été acceptées si rapidement et ont-elles eu une diffusion si large et si durable ? Pour au moins trois raisons.

En premier lieu, le fait que des personnalités de premier plan telles que Fortini et surtout Togliatti, que d’autres critiques de Il lungo viaggio considèrent comme des maîtres-à-penser, aient publiquement admis la validité de l’interprétation proposée par Zangrandi, a largement contribué au succès d’une telle lecture de l’évolution politique de la jeunesse intellectuelle fasciste. Togliatti notamment jouissait d’un grand prestige non seulement dans les milieux politiques, mais également dans les milieux intellectuels. Si l’on tient compte de cet élément, il est aisé de comprendre que le soutien, argumenté de manière très habile et convaincante, que le secrétaire du PCI accorde résolument à Zangrandi dans le compte rendu qu’il publie dans une revue réputée comme Rinascita, peut avoir aidé à la diffusion des thèses défendues par l’auteur de Il lungo viaggio.

En deuxième lieu, il convient de considérer l’année de naissance des auteurs de ces comptes rendus. Plus de la moitié de ces derniers sont écrits par des personnes appartenant à la même génération que Zangrandi ; dans quelques cas, elles affirment être passées, comme lui, du fascisme aux partis de la gauche antifasciste. A l’évidence, le soutien que ces auteurs accordent aux thèses de Zangrandi est aussi l’expression d’une solidarité de type « générationnel ». En particulier, les thèses les plus « déculpabilisantes », celles de la tromperie fasciste et de la solitude de la jeunesse, représentent pour eux un moyen de « s’auto-absoudre » de leurs responsabilités historiques et politiques.

Cet élément générationnel joue également un rôle dans la biographie de certains historiens qui ont accepté, sans les discuter, les thèses défendues par Zangrandi 42 . C’est le cas, notamment, d’Enzo Santarelli, né en 1922, qui après avoir adhéré, pendant sa jeunesse, au fascisme, rejoint le PCI 43 . Puisque son parcours est le même que celui de Zangrandi, de sept ans son aîné, il n’est pas surprenant que dans le volume qu’il consacre à l’histoire du mouvement et du régime fascistes, il montre son empathie à l’égard de Zangrandi et de son interprétation.

Giuliano Manacorda appartient lui aussi à la même génération que l’auteur de Il lungo viaggio (il est né en 1919). Toutefois, ce n’est pas lui, mais son frère aîné, Gastone, historien réputé né en 1916, qui suit le même parcours que Zangrandi. Après avoir adhéré au fascisme pendant sa jeunesse, Gastone s’en éloigne pour s’affilier ensuite au PCI 44 . C’est probablement dans son environnement familial et par le biais de son frère que Giuliano Manacorda « absorbe » une certaine empathie à l’égard des thèses défendues par Zangrandi, thèses qui rendent compréhensible, cohérent et même noble sur le plan moral et politique, le parcours de son frère.

Pour terminer, la thèse du « long voyage » à travers le fascisme que la jeunesse intellectuelle aurait accompli et la thèse de la tromperie fasciste dont celle-ci aurait été victime, se sont révélées très persuasives auprès de l’opinion et des historiens parce qu’elles avaient le pouvoir de soulager les Italiens du poids historique et moral qu’exerçait sur eux le soutien que beaucoup d’entre eux avaient accordé au régime mussolinien. Ce soutien a été analysé par le plus éminent des historiens du fascisme, Renzo De Felice, qui a même forgé l’expression « les années du consensus » pour qualifier l’attitude de l’opinion italienne envers le régime entre 1929 et 1936 45 . Le fait de pouvoir dire non seulement que leur adhésion au fascisme leur avait été extorquée par une propagande mensongère, mais également que leur rupture avec le régime avait commencé à se produire dès le milieu des années 1930, a donné à de nombreux Italiens l’impression de réussir à se libérer d’un lourd fardeau dans l’Italie antifasciste issue de la seconde guerre mondiale.

 

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Auteur

Pierpaolo Naccarella est PRCE à l'Université Paris-Est Créteil et membre du Centre de Recherche Européen d'Études Romanes (CREER/IMAGER). Il a obtenu un doctorat en Études italiennes à l'Université Paris-Ouest Nanterre. Ses principaux domaines de recherche sont les intellectuels italiens sous le fascisme, le Parti communiste italien dans les années du « miracle économique » et les partis politiques italiens face à la décolonisation.

Pour citer cet article

Pierpaolo Naccarella, Aux origines d’un modèle interprétatif, © 2012 Quaderna, mis en ligne le 8 avril 2016, url permanente : http://quaderna.org/aux-origines-dun-modele-interpretatif/

Aux origines d’un modèle interprétatif
Pierpaolo Naccarella

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